vendredi 11 août 2017

L'Histoire antérieure à France Télévisions : Stéphane Bern seul ?

Ut queant laxis
resonare fibris
Mira gestorum
famuli tuorum,
Solve polluti
labii reatum,
Sancte Iohannes.
(Paul Diacre, historien lombard contemporain de Charlemagne : Hymne de saint Jean Baptiste).

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Je reviens sur un sujet abordé l'an passé, lors de la disparition d'Alain Decaux
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 : il s'agissait alors de fustiger ce que je nommais la haine du costume antérieur (sous-entendu au XXe siècle) dans les fictions tournées depuis environ cinq ans par France Télévisions. L'initiateur de ce rejet, pour ne pas écrire de cette suppression de toute fiction télévisée française se déroulant antérieurement au XXe siècle, Monsieur Rémy Pflimlin, n'est plus de ce monde.  Il nous a quittés le 3 décembre 2016, mais ses épigones exercent encore leurs méfaits sur le service public. Désormais, les non-fictions historiques sont dans le collimateur (comme Truman Capote avait parlé de non-fiction novels). Il est révélateur qu'un des derniers actes de feu Monsieur Pflimlin fut l'éviction de Franck Ferrand,
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 qui animait depuis 2011 L'Ombre d'un doute. A l'heure actuelle, un procès d'intention non-dit est instruit contre l'ultime représentant de cette "Histoire antérieure" sur le service public, Monsieur Stéphane Bern, pour histrionisme, incompétence historique, orientation révisionniste pro récit national voire pour le fait qu'il soit un mâle de plus de cinquante ans, ce qui n'est point jeuniste... les mauvais esprits le mettent dans le même sac que des anti-historiens avérés, véritablement affiliés, quant à eux, à l'immonde fachosphère... De fait, Stéphane Bern me semble plus proche d'un Gonzague Saint-Bris,
 https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/1/19/Salon_du_livre_de_Paris_2011_-_Gonzague_Saint_Bris.jpg/1200px-Salon_du_livre_de_Paris_2011_-_Gonzague_Saint_Bris.jpg
 récemment disparu dans de tragiques circonstances, écrivain que je n'ai pas lu, mais qui a reçu tous les éloges nécrologiques nécessaires, que d'un quelconque manieur et bateleur de l'immonde. 
Il est désormais le seul à officier, et, sans lui, il n'y aura plus personne. L'héritage d'Alain Decaux se sera alors définitivement tu. On peut reprocher à Monsieur Bern la forme de ses émissions de Secrets d'Histoire, magazine créé en 2007 sur France 2. Il mêle l'anecdotique et l'important, les reconstitutions costumées muettes sommaires et les extraits de fictions plus anciennes, la profondeur et la surface, le patrimoine et le kitch... 
Monsieur Bern ne restreint pas son discours à la seule France : il lui arrive d'aborder l'histoire européenne voire méditerranéenne lorsqu'il traite de l'Egypte ancienne, de l'Empire ottoman ou du Maroc du XVIIe siècle. Il sait donc faire preuve d'un certain esprit d'ouverture, contrairement à ce qu'assènent inlassablement ses détracteurs.
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 Ce qu'il fait n'est pas pire que le magazine Historia, revue de vulgarisation grand public éloignée des canons de l'Histoire universitaire.
Au fond, Stéphane Bern est un bon vulgarisateur s'adressant à un public ayant soif de culture, sans trop approfondir toutefois. ll sait remplir son contrat, sa mission, en bon professionnel. Quel que contestable que puisse être jugé le contenu de ses émissions, il ne sombre pas dans la propagande outrée. Sa décontraction, son enthousiasme, peuvent horripiler ses contempteurs, mais on ne lui demande pas de faire du pointu : après tout, il n'est ni Georges Duby (Le Temps des Cathédrales),
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 ni Fernand Braudel (Méditerranée).
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 Marc Ferro,
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 avec Histoire parallèle (1989-2001) sur Arte, aura peut-être été l'un des ultimes historiens universitaires à officier sur le petit écran. La vérité est que notre télévision décadente n'est plus capable de faire appel à ces universitaires réputés, connus et appréciés du monde entier, comme s'il n'y en avait plus... car l'école historique française, les sciences humaines françaises, qui eurent pignon sur rue dans les années 1960-1980, souffrent depuis quelques temps d'une relative désaffection internationale. Ce que monsieur Bern présente n'est que le reflet d'un état culturel préoccupant dont il n'est pas directement responsable. Pourquoi,  par exemple, aucune émission exigeante sur Baudelaire, mort il y a 150 ans, n'a été envisagée par Arte ? Baudelaire est à la portée d'Arte, à moins que la nouvelle thèse prédominant à son sujet, le désignant avant tout comme un anti moderne, joue en sa défaveur dans un milieu politiquement orienté à gauche, qui autrefois, l'adulait en compagnie d'autres écrivains et poètes maudits comme Lautréamont, Rimbaud et Verlaine, tandis que Leconte de Lisle et Sully Prudhomme, les parnassiens, étaient cantonnés à la droite. C'est le Baudelaire réac qui semble prévaloir en 2017, ce qui le bannit de facto des écrans... bobos chébrans iréniques. Si l'on suit les tendances actuelles, l'Histoire se fait plus que jamais polémique, idéologique, tranchée, divisée en deux camps irréconciliables qui ne se parlent pas. Le parcours d'un Max Gallo, lui aussi décédé depuis peu, passé de la gauche jacobine et marxiste au nationalisme conservateur, en témoigne.
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 Sait-on qu'a existé un récit national de gauche, voire marxiste ? Se souvient-on qu'entre 1976 et 1978, L'Histoire de France en bandes dessinées des éditions Larousse avait parmi ses scénaristes (mais aussi ses dessinateurs), des piliers de Vaillant et Pif, communistes, tels Roger Lecureux et Jean Ollivier ?
Contentons-nous donc de Stéphane Bern, qui assure somme toute honorablement un travail non dépourvu d'imperfections, dans l'attente du jour hypothétique où la télévision renouera enfin avec une vraie ambition historienne...

Prochainement : Jeanne et les deux Prokofiev.