samedi 26 mars 2016

Du refus du costume fictionnel antérieur et de son bannissement de la télé en général et de France Télévisions en particulier.

A Alain Decaux, ce grand transmetteur d'Histoire qui croyait encore en la vulgarisation de la Culture.

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 Si la lumière est ténèbres que seront les ténèbres ? (Blaise Pascal : fragment  849)

A propos des bobos : s'ils aiment tant le présent, s'ils s'y plaisent autant, c'est qu'ils n'en souffrent pas, qu'ils n'en sont pas victimes et ne le subissent pas. (Pensées du sociologue inconnu du XXIe siècle)

L'intérêt exclusif que les bobos portent au présent immédiat révèle leur part d'animalité limbique et régressive, incapables qu'ils sont de transmettre le passé et de se projeter dans l'avenir. (Pensées du philosophe inconnu du XXIe siècle)

Chaque fois que le claque-merde de nos cultureux chébrans s'exprime et commet un impair, cela donne 10 000 voix de plus à Marine. (Cyber Louis-Ferdinand Céline)

La musique pop et rock est décadente et capitaliste. (un communiste cubain canal historique) 

Très peu souvent (exceptés les ghettos du samedi et du dimanche) vous verrez Arte s'intéresser aux arts non modernes, y compris extra-occidentaux : voyez les expos du Musée du Quai Branly. Elle n'en parle plus du tout depuis belle lurette. (observation acérée de Moa) 

Le capitalisme, c'est la horde de Velociraptors libres dans le troupeau d'Iguanodons libres. (André Fermat) 

Autrefois (cet autrefois n'est pas si loin dans le temps), nos productions télévisuelles de fiction ne dédaignaient pas se plonger de temps à autre dans l' Histoire. Il ne s'agissait pas forcément d'Histoire contemporaine, du XXe siècle, mais d'une histoire disons souvent antérieure au premier conflit mondial. C'est ce que j'appelle l'Histoire en costume antérieur - car l'on sait que les années 1914-1918 furent décisives pour la révolution de la mode féminine.

Notre télé, depuis ses origines, ponctuait ses tournages d'adaptations historiques et littéraires localisées en un ailleurs à la fois familier et distant, embrassant les âges anciens jusqu'à la Belle Epoque (qui ne le fut que pour les riches, les privilégiés). De même, les mises en scène d'opéras et de pièces de théâtre n'avaient pas encore cédé à la manie égocentrique de la dénaturation-transposition dans des mondes hyper récents afin, selon la logomachie officielle utilisée par les metteurs en scène, de faire sens auprès d'un peuple qu'ils méprisent en réalité (ils demeurent élitistes, quoi qu'ils en disent), un peuple prétendument "intimidé" par l'Histoire, le patrimoine, les musées ou les bibliothèques, un peuple que les leçons des profs d'Histoire faisaient "chier" lorsqu'il était scolarisé, et qu'il faut donc séduire au nom de la démagogie. Il est une autre démagogie, celle de l'extrême droite à laquelle on abandonne chaque mois davantage la niche écologique du patrimoine et de l'Histoire antérieure, extrême droite qui veut imposer sa propre lecture déformée et mythique de cette même Histoire réduite à des signifiants essentiels et simplistes, autour par exemple de la figure tutélaire de Jeanne d'Arc...ou de l'Europe chrétienne. 

Concernant la télé française, sans remonter jusqu'à l'époque de l'unique chaîne en noir et blanc et de l'ORTF, il exista une tradition de la fiction en costumes hexagonale, qui perdura de La Caméra explore le Temps jusqu'au mandat de Patrick de Carolis (2005-2010).

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Une émission comme la célébrissime Caméra explore le Temps servit de moyen détourné pour contourner la censure gaulliste. Voyez Les Templiers (1961) avec Jean-Pierre Marielle. Des allusions à la guerre d'Algérie transparaissent çà et là, en particulier au putsch des généraux d'avril 1961 à Alger... Tandis que Jean Rochefort symbolisait la voix de l'Etat, de la raison, Louis Arbessier incarnait, dans la peau du Grand Maître du Temple, la voix déraisonnable de ceux qui voulaient conserver l'Empire colonial, l'Algérie notamment. La Caméra explore le Temps reposait sur un équilibre politique subtil : Stelio Lorenzi était de sensibilité communiste, André Castelot monarchiste et Alain Decaux, dont je viens d'apprendre la disparition (et auquel je dédie mon billet) de centre gauche.

Cette alchimie télévisée fonctionna  jusqu'à ce que le pouvoir gaulliste longtemps en place la censurât. Cela advint en 1966. Certes, les fictions en costumes perdurèrent plusieurs décennies encore, mais la pollution de la télévision par le mercantilisme publicitaire hâta leur recul, puis leur effacement, les mauvais disciples de Pierre Bourdieu (qui l'avaient décidément mal lu et mal interprété, bien qu'ils s'en réclamassent comme des zélotes) devenant les alliés objectifs de cet estompage qui devient désormais optimal.  Savez-vous que des feuilletons historiques de gauche ont existé, et que ce furent de grandes oeuvres, de grands moments de l'étrange lucarne ? Qui se souvient encore de Fabien de la Drôme (1983) et de Félicien Grevèche (1986) ?

Ce dernier feuilleton fut la victime emblématique des sabotages politiques effectués par le gouvernement ultralibéral et réactionnaire de la 1ere cohabitation, issu des lugubres élections législatives du 16 mars 1986 (date à marquer d'une pierre noire pour l'audiovisuel français qui ne s'est jamais relevé du sinistre qui s'en est suivi). Félicien Grevèche, dans lequel le grand comédien Sylvain Joubert s'était beaucoup investi en tant qu' acteur et scénariste nous contait l'histoire d'un médecin de campagne communard réfugié dans le Haut Languedoc en 1880. Une cabale abjecte priva cette génialité d'une diffusion à 20h30 le vendredi sur Antenne 2 (c'était là le créneau horaire courant où l'on programmait les feuilletons français de l'époque) au profit d'un créneau absurde le dimanche en fin d'après-midi ! Deux ans auparavant, la même crasserie avait été appliquée à l'encontre du Mystérieux Docteur Cornélius avec Gérard Desarthe. Le sabotage de Félicien Grevèche était donc une récidive.

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Ce qui aggrava le problème, ce fut l'ignorance médiatique qui entoura en février 2000 le décès prématuré de Sylvain Joubert à seulement 55 ans, cela, en plein gouvernement Jospin. Cette désinformation me révulsa tant elle me parut délibérée : c'était là le symbole d'un reniement politique à une époque où les téléfilms historiques s'étaient faits rarissimes. Certains passèrent au-delà de 23 h ou en plein creux estival pour les liquider tel Le Prince des Imposteurs de Jean-Pierre Prévost en 1998, malgré Michel Piccoli dans le rôle du mathématicien Michel Chasles, d'autres, bien que tournés, ne furent jamais diffusés hors chaînes du câble et du satellite plusieurs années après : la version télé du Pétain de Jean Marboeuf de deux fois 90 minutes (jamais passée nulle part), Chouchou de James Cellan Jones (1995) avec François Marthouret dans le rôle de Debussy
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 dans la série avortée La Musique de l'Amour... Enfin, existe le cas de l'ultime téléfilm de Claude Santelli, La Comète (1996), production d'Arte et France 2
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 que certes la première chaîne passa mais que la seconde se refusa à jamais de diffuser, à cause de ses costumes XVIIIe siècle réputés plomber l'audience et de son sujet "noir". Oui, vous avez bien lu : désormais, les directeurs de chaînes et de programmes jugeaient les fictions historiques contre-productives, forts de l'expérience de la Bérézina audimateuse des téléfilms et autres feuilletons axés sur les célébrations du bicentenaire de la Révolution en 1989.
Après un Charlemagne érotico-kitch oubliable, notre télé devenue désormais a-télévision, traversa une période honnie, désertique, de 1994 à 2001, jusqu'aux tentatives de revival des années 2001-2010 désormais derrière nous.
A compter du milieu de mandat de Marc Tessier à France Télévisions (1999-2005) et surtout sous son successeur Patrick de Carolis (2005-2010), l'on vit ce fait incroyable (à partir en gros du téléfilm Thérèse et Léon, diffusé au début de l'année 2001) : la résurgence des fictions historiques, au point que bientôt, il ne fut pas une semaine au cours de laquelle les grilles de la 2 et de la 3 ne proposaient pas des feuilletons et dramatiques unitaires en costumes, comme au temps de l'ORTF. De plus, l'on se débarrassa des inconvénients des coproductions avec l'ex Europe de l'Est, qui imposaient des lieux de tournage contraignants à l'étranger (sous prétexte d'une certaine préservation d'un cachet urbain rétro pour les prises extérieures) et une distribution hétéroclite avec de nombreux comédiens doublés, tchèques et autres. Ces productions disparurent vers 2004-2005, après quelques réussites cependant comme Mademoiselle Else (2002) qui révéla Julie Delarme mais fut hélas l'ultime production de Christine Gouze-Rénal.
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Monsieur Patrick de Carolis
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 ne démérita pas, mais il fut pris entre deux feux, coincé en sandwich entre deux camps hostiles, à gauche et à droite : Télérama et la Pie Grise, dont le mandat élyséen fut une catastrophe terminale pour la culture. C'était à croire qu'il faisait le jeu de Bourdieu ! Télérama, quant à lui, n'eut de cesse, surtout à compter de 2009, de tirer à boulets rouges sur la moindre fiction costumée proposée par France Télévisions, lui adressant des volées inlassables de bois vert, jusqu'à ce qu'elles fussent bannies de nos écrans alors qu'outre-Manche, rien ne venait s'opposer à la continuation des productions d'époque, de la plus déjantée à la plus raisonnable... Presque rien - à part un peu Nicolas Le Floch - ne trouva grâce aux yeux de Télérama et de notre pie qui exécrait La Princesse de Clèves, qu'il se fût agi d'adaptations d'oeuvres modernes de bédé comme L'Epervier ou de biopics comme Chateaubriand. Les producteurs tentèrent tout pour sauver la fiction costumée à la française, même le Moyen Âge (la Commanderie, Inquisitio), le sexe (Maison close sur Canal + qui ne connut que deux saisons, la chaîne persévérant dans cette tendance sexy avec le tout récent Versailles tourné en anglais !) et la loufoquerie débridée anhistorique (1788 et demi). Rien ne put sauver le soldat Histoire costumée.

Dès son arrivée à France Télévisions, Monsieur Rémy Pflimlin se comporta comme mon oncle en 1976 lorsqu'il refusa de prendre en charge ma tante trisomique après le décès de ma grand-mère. Comme ce dernier avait déclaré sur le seuil même de notre appartement : "je ne la veux pas", le sieur Pflimlin annonça dès sa prise de fonction qu'il ne voulait plus des téléfilms adaptés des nouvelles de Maupassant, bien qu'ils se taillassent un joli succès d'audience. En moins de trois années, il éradiqua l'Histoire costumée antérieure à 14-18 des chaînes pseudo-publiques, liquidant d'abord les stocks tournés, en s'en débarrassant parfois en plein été et de nuit ! Mon sieur Pflimlin voulut ancrer la fiction dans le soi-disant contemporain socio-cul à l'imitation d'Arte : de fait, on ne tourne pratiquement plus que des polars infâmes et ringards et je me demande comment Télérama qui poursuit ses coups de flingue systématiques à l'encontre de téléfilms qui cette fois les méritent bien n'éprouve pas le moindre soupçon de remords d'avoir contribué au désastre...
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Ainsi, il m'a fallu signer une pétition pour sauver Nicolas le Floch, l'audience ayant servi de prétexte classique et fallacieux à la suppression de la série. De fait, les deux ultimes téléfilms, tournés depuis mars et mai 2015, attendent toujours d'être diffusés ! D'ailleurs, excepté une dramatique consacrée aux mutins de 14-18, aucune fiction télé française inédite se déroulant avant les années 1920 n'est passée sur France Télévisions en 2015... France 5 rediffuse en boucle les vieux stocks de Marc Tessier et de Patrick de Carolis (gloire à eux !). C'est à croire que Marc Tessier fut un Gallien et Patrick de Carolis un Majorien tentant de sauver les meubles. Et je ne parle pas de la carrière des comédiennes que les fictions costumées avaient mises en avant : elle connaît depuis un certain frein... Hors du théâtre, peu de salut...

De fait, cette tendance lourde de notre télé s'inscrit dans une détestation générale de la transmission du passé historique, abandonné à la lecture fasciste "idéalisée" : cela trahit la mémoire d'Alain Decaux, qui toujours crut à la transmission républicaine du savoir !
Le cas d'Arte est plus épineux : l'on sait que cette chaîne encense les mises en scènes contemporaines d'opéra et de théâtre les plus débridées, même si elles expriment des contresens manifestes. Il est de bon ton de transposer en un présent calamiteux, décontextualisé de l'époque d'origine, les grandes oeuvres du passé chanté et joué : paquebots ou hôtels de luxe et de bamboche de la jet set ultralibérale, friches industrielles, banlieues  sinistrées, hôpitaux psychiatriques dignes de l'univers déjanté d'Antoine Volodine (voyez à ce propos la dernière version de Cyrano de Bergerac emblématique de notre temps qui refuse le rêve et l'évasion et fort éloigné des oripeaux baroques matamoresques et entachés d'erreurs de Coquelin aîné, créateur du rôle). Pour moi, je préférerais des transpositions préhistoriques des oeuvres actuelles : sous les Néandertaliens ou les dinosaures... Cela plairait au moins aux enfants férus de Préhistoire !
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Je m'inquiète légitimement à ce propos au sujet d'articles parus en ligne, annonçant en quelque sorte une accentuation - qu'écris-je ! - une aggravation de la ligne éditoriale de la chaîne de plus en plus ancrée dans l'explication du monde contemporain, au détriment  - comment dirais-je ? - de la nécessaire prise de champ, du recul face à l'Histoire immédiate dont a si bien glosé le grand historien Henry Rousso, une Histoire forcément anxiogène, invivable (non point que le passé fût meilleur, regrettable). L'intention est certes louable, hautement noble, pédagogique, mais les conséquences à terme proprement catastrophiques. Arte veut se débarrasser à tout prix de son ancienne image de marque de chaîne soi-disant élitiste, déconnectée du réel (ah, ce fameux réel que la physique issue d'Einstein n'a cessé de remettre en question ! ce réel dont la perception est relativiste et diffère d'un cerveau à l'autre, d'une individualité à l'autre car modelée par les héritages socio-culturels autant que par la biologie et la physiologie car l'on sait que chaque individu est unique). Elle veut en finir avec sa réputation de chaîne s'adressant aux personnes âgées (j'avais 28 ans lorsque je commençais à la regarder !). Pourquoi vouloir encore renforcer une ligne éditoriale déjà en place depuis 2012-2013 et qui fait ses preuves ? Ligne éditoriale qui a entraîné la suppression de toutes les anciennes soirées Thema qui faisaient le sel de la chaîne au profit d'une seule par semaine entièrement consacrée aux problèmes hyper contemporains, reléguant la grande majorité des documentaires historiques - pourtant consacrés au XXe siècle si loin mais encore si proche - vers 23 h ! J'ai peur que la grille d'Arte en vienne à faire table rase des ultimes îlots de survivance culturelle désintéressée des samedis et dimanches, ghettos programmatiques, de grille, coïncidant peu ou prou avec les week-ends des bobos.
Sans oublier qu'Arte développe tous azimuts son offre "toilée" nomade... Et j'exclus de mes commentaires le lourd fardeau du relativisme culturel, issu de la pensée de Johann Gottfried Herder (1744-1803), chose dont abusent les néo-réacs pour fustiger celles et ceux qui ne pensent pas comme eux.
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Si donc, le projet d'Arte d'intégralement axer sa grille de programmes sur le seul présent, sur la seule actualité, en vient à être confirmé, légitimé, cette chaîne plurielle (je parle du point de vue de ses supports de diffusion) prendra le contre-pied des idées que le sociologue Jean-Pierre Le Goff exposa récemment lors d'un numéro de "28 minutes". Elle prendra le risque, que je dénonce souvent sur ce blog, de laisser à l'extrême droite (qu'elle combat d'ailleurs avec un louable courage) le monopole du discours consacré au passé (aux passés, même) antérieur (s), discours forcément bâti tout à la fois sur la mythification et la mystification, sur une idéalisation emplie de fausseté, trompant les nostalgiques en quête de nouvelles allégeances, en quête du sens...de l'Histoire !
Cela sonne tel un glas, une seconde mort de la transmission républicaine de l'Histoire qu'Alain Decaux incarna si longtemps.
Autrement dit, ce serait ressusciter les idéologies nauséabondes, puantes, Maurras et sa pensée putride, condamnée par cette même Histoire, l'Histoire du pourquoi nos grands-parents combattirent la Bête.
Autre exemple : le triste sort réservé au musée des tissus et des arts décoratifs de Lyon (j'ai signé la pétition pour que les pouvoirs publics le sauvent) est symptomatique de la tragédie contemporaine que nous vivons en direct, quotidiennement en France. Non seulement certains serviteurs de l'Etat, de la culture, ont mal lu et mal assimilé Bourdieu, mais ils l'ont mal compris, comme l'écrivait en son éditorial de Diapason de mars 2016 Emmanuel Dupuy. Mais il me faut ajouter d'autres mauvaises lectures hâtives de Theodor Adorno et de Georges Steiner. Non pas qu'ils eussent haï la grande culture, bien au contraire...
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Six mois durant (au premier semestre 2014), nous laissâmes les indésirables écrire seuls, parler seuls des commémorations antérieures à 1914, avant qu'un sursaut salutaire mais tardif n'intervînt à compter de juillet. Arte et Stéphane Bern sauvèrent l'honneur de justesse.
Alors, si nous persistons à leur abandonner des pans entiers du passé, les néo-bruns mariniens exerceront sans partage leur monopole sur la lecture de ce même passé, sur son interprétation exclusive et orientée, monopole d'un discours délaissé par nous, les démocrates combattant toutes les phobies fascistes, au mieux par lâcheté, au pire par bêtise.

A l'heure où la culture livresque vit une crise profonde, où la fréquentation du salon du livre s'effondre, où le nombre de Français inscrits dans les bibliothèques stagne irrémédiablement voire recule par rapport aux statistiques de la fin du XXe siècle (jamais le seuil des 20 % de la population ne fut franchi), il est légitime de s'inquiéter. D'aucuns disent que c'est à cause du prix d'entrée du salon édition 2016 : 12 €. Or, le tarif de l'archi médiatisé (et plus long) salon de l'agriculture était de 13 € ! Et qu'on ne me ressorte pas la phraséologie de l'intimidation des citoyens lambda face aux musées, librairies et bibliothèques où ils n'osent pénétrer ! Je comprends qu'on puisse avoir peur des tunnels, des grottes, souterrains, catacombes, cimetières et cryptes, mais là !

Adieu, Monsieur Decaux, vous allez grandement manquer à la République...

Prochainement : Claude Jutra : le nouveau procès du cadavre et les excès de la damnatio memoriae.



dimanche 13 mars 2016

Café littéraire : Eugène Zamiatine : "Nous autres" et son héritage.



Nous autres et son héritage.

Par Christian Jannone

Car enfin qu'est-ce que l'homme dans la nature ? Un néant à l'égard de l'infini, un tout à l'égard du néant, un milieu entre rien et tout, infiniment éloigné de comprendre les extrêmes ; la fin des choses et leurs principes sont pour lui invinciblement cachés dans un secret impénétrable. Egalement - incapable de voir le néant d'où il et tiré et l'infini où il est englouti. (Blaise Pascal : Pensées. Extrait du fragment 199)  

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L’apparence ardue de la lecture de l’ouvrage de notre ingénieur russe (que certains lecteurs peuvent juger confus mais nous verrons que cette confusion est intentionnelle), défiant au premier abord toute analyse approfondie, impose qu’on en dégage des lignes de forces, des idées maîtresses. Avant tout, il s’inscrit dans l’histoire des premières années de la Russie soviétique, avant qu’elle prenne en 1922 le nom d’URSS.
Nous autres, d’Eugène Zamiatine, mérite que l’on s’appesantisse sur le contexte historique de sa composition. Nul autre que notre ingénieur naval n’eut l’audace d’anticiper les dérives d’un système dont la mise en place, en 1920-1921 était loin d’être achevée. Les démêlés incessants que l’écrivain rencontra avec la censure l’obligèrent à recourir aux samizdats, ces feuilles ronéotypées et imprimées à compte d’auteur, qui constituaient une littérature sous le manteau, déjà courante sous le tsarisme.
Un classique fondamental – que j’étudiai à l’université – s’impose à mon esprit : Lénine la révolution et le pouvoir,
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 d’Hélène Carrère d’Encausse publié en 1979 aux éditions Champ Flammarion. Eugène Zamiatine, qui approuva originellement la révolution russe, vécut les dérives d’Octobre 17, le passage de l’utopie à l’exercice du pouvoir, la mise en place des outils de la dictature – dont la Tchéka à laquelle devait succéder le Guépéou (ou la Guépéou) – justifiée par le concept de forteresse assiégée et la mise en place du cordon sanitaire (manière pour les forces alliées victorieuses, après l’achèvement du premier conflit mondial, de poursuivre la guerre afin de renverser le gouvernement bolchevik en soutenant les armées blanches et en encourageant aussi la Pologne ressuscitée en lutte territoriale contre le nouveau pouvoir soviétique, d’où la fameuse guerre soviéto-polonaise de 1919-1921 parallèle à la lutte entre les Blancs et l’Armée rouge).
1920 constitue le tournant décisif de la guerre civile, année de l’écrasement des Blancs par l’Armée Rouge constituée par Trotski :
- exécution de l’amiral Koltchak le 7 février ;
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- démission du général Denikine au profit de Wrangel en juin ;
- défaite et évacuation de l’armée de Wrangel (avec l’aide de la flotte française) en Crimée et Mer Noire en novembre.
La guerre civile se poursuit en Ukraine, contre Makhno et les anarchistes. Le mois de mars 1921 voit la célèbre mutinerie des marins de Kronstadt.
L’écriture de Nous autres s’inscrit dans cette suite d’événements et la clairvoyance d’Eugène Zamiatine ne cesse de nous étonner, avant même la maladie finale de Lénine, la NEP et l’avènement du stalinisme, alors que naît une science-fiction proprement soviétique, illustrée en 1924 par le film Aelita d’Alexandre Protazanov, œuvre de science-fiction « normalisée », utopique et non plus dystopique, qui partage en commun avec le roman de Zamiatine l’idée du vaisseau spatial en construction. Aelita est l’adaptation du roman d’Alexei Nicolaïevitch Tolstoï (parent de Léon Tolstoï par son père), livre publié en 1923. 
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Cette science-fiction, d’essence optimiste (la construction de l’Homme nouveau socialiste puis communiste) ne nous parle plus, alors que l’anticipation négative de Nous autres annonce toutes les dystopies ultérieures, qui semblent y avoir puisé leur modèle, leurs idées, jusqu’aux productions les plus récentes du cinéma et de la télévision. Nous autres est un roman pérenne.
Ainsi, le thème central du mur séparant deux mondes antinomiques (sans omettre celui de la transparence, du verre, induisant l’impossibilité de dissimuler ses actes en plus de la division tayloriste de la vie quotidienne entrecoupée de cérémonies célébrant le Bienfaiteur tel un dieu vivant). Le Mur Vert de Zamiatine s’inscrit dans des précédents historiques tout en jetant un pont vers l’avenir : villes fortifiées, enceintes de châteaux forts, mais aussi Grande Muraille de Chine et Mur d’Hadrien en Angleterre, constructions tout autant destinées à protéger d’un extérieur hostile, agressif (ou conçu comme tel), barbare ou autre que manifestations symboliques de pouvoir et de prestige.
Avant le mur de Nous autres, il y eut certes une séparation verticale entre deux mondes dans la littérature, mais cette séparation était souterraine, chthonienne. H. G. Wells, dans La Machine à explorer le temps, jouait sur les dichotomies air libre/monde souterrain, jour/nuit, Elois/Morlocks dont il faisait de purs produits de l’évolution darwinienne, certes, mais du darwinisme social, où, de mutation en mutation, les prolétaires « enterrés » dans des espaces d’exclusion sociale et par le machinisme se métamorphosaient en prédateurs nyctalopes des descendants de leurs anciens oppresseurs. Le pessimisme de Wells annonçait celui de Zamiatine, bien que notre précurseur britannique de la science-fiction eût été un partisan actif du socialisme et de la Fabian society (à laquelle appartint aussi George Bernard Shaw).
Chez Zamiatine, la verticalité redevient aérienne.
(…) J’étais arrivé sur le deuxième côté : une route en arc de cercle longeant le Mur Vert. De l’océan infini qui s’étendait derrière le Mur, une vague sauvage, faite de racines, de fleurs, de branches, montait vers moi ; elle allait s’abattre sur moi, m’écraser, et le mécanisme précis que j’étais se transformerait en…
Heureusement, entre le sauvage océan vert et moi, il y avait le Mur. Combien grande est la sagesse divine des murs et des obstacles ! C’est peut-être la plus grande de toutes les découvertes. L’homme n’a cessé d’être un animal que le jour où il a construit le premier mur. Nous n’avons cessé d’être des sauvages que lorsque nous avons édifié le Mur Vert, lorsque nous avons isolé, à l’aide de celui-ci, nos machines, notre monde parfait, du monde déraisonnable et informe des arbre, des oiseaux, des animaux… (note 17 p. 95-96).
Nature déraisonnable et sauvage s’opposant au monde codifié de la civilisation…L’au-delà du Mur Vert est une zone interdite, et tout interdit ne peut que susciter la tentation, la transgression, l’envie de le braver, de savoir ce qu’il y a exactement là-bas.
Suit l’épisode de l’animal, le regard mutuel, l’observation entre D-503 et une bête inconnue aux yeux jaunes. Suit aussi le questionnement de D-503 : et si cet animal était plus heureux que nous ? L’autre côté comme espace répulsif, hostile, menaçant, comme terra incognita, sciemment isolé afin de s’en protéger. L’autre côté marquant l’antinomie nature-culture, mais aussi le refoulement de la part de l’autre en soi, de l’inconscient, du ça freudien. En même temps, évolution de la perception du personnage, qui finit par découvrir ce qu’il y a là-bas, de reconnaître la part d’homme velu contenue en lui-même, coexistant avec sa part d’automate humain formatée par l’Etat Unique, de savoir qu’au-delà du Mur Vert, l’on est libre. Symbiose, coexistence, cohabitation de deux natures, hybridation. Là, Eugène Zamiatine est l’héritier de Stevenson (Docteur Jekyll et Mister Hyde) et de Sigmund Freud. Ce dualisme ne risque-t-il pas de déboucher sur une forme de schizophrénie ?
L’idée fondamentale de l’utopie est respectée : un espace isolé, clos (muraille, chaîne de montagne ou océan coupant du reste du monde), mais, au-delà de Thomas More et de Samuel Butler, alors que la seule utopie positive ou presque écrite au XXe siècle est incarnée par le roman de James Hilton, Horizons perdus publié en 1933 et adapté au cinéma en 1937 par Frank Capra,
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 mythe fondateur du territoire himalayen et tibétain de Shangri-La, la postérité dystopique de Nous autres ne cesse de nous surprendre. L’idée du Mur Vert a connu des fortunes diverses, d’innombrables variantes, avatars historiques comme littéraires, graphiques (bandes dessinées comme Snowpiercer le Transperceneige) et cinématographiques, du rideau de fer churchillien au mur de Berlin, de la frontière américano-mexicaine aux clôtures électrifiées comme la ligne Morice de la guerre d’Algérie, les espaces clos barbelés des camps d’extermination nazi, du goulag etc. Autant de murs concrets mais aussi virtuels, demeurant dans les têtes, bien après leur effondrement.
Vortex du film Zardoz de John Boorman (1974), clôtures de Jurassic Parc ou de la série Wayward Pines 
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 produite par M. Night Shyamalan, village du Prisonnier duquel on ne peut s’échapper, mondes séparés, ultra capitalistes, concurrentiels, exacerbés par l’idée de compétition, dominés par l’omniprésence médiatique de l’image de Black Mirror, univers virtuels imbriqués, gigognes, de Matrix, espace clos, compartimenté et socialement stratifié, mais aussi dynamique, en mouvement, du train de Snowpiercer
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champs de force, de contention, enfermant toute une zone irradiée par une catastrophe nucléaire avec ses habitants régressant à la Préhistoire du roman pour la jeunesse de Philippe Ebly La Voûte invisible, prémonition de Tchernobyl et de Fukushima parue en 1976, à nouveau mur social et sociétal de Trepalium : la dystopie l’a emporté dans le monde contemporain sur la science-fiction optimiste. Cette contre-utopie désormais dominante dépeint des sociétés à la fois proches et lointaines, des possibles voire probables dérivés de notre réalité, des isolats sécuritaires, des vases clos, des univers d’enfermement soi-disant idéaux etc. Autant de paraboles, de métaphores servant de prétextes à la critique des sociétés actuelles et de leurs dérives analysées par des futurologues cliniciens.
L’Etat Unique s’est doté d’un dirigeant unique, le Bienfaiteur, prototype du Big Brother d’Orwell dont le nom exact n’est jamais révélé, de même son apparence physique réelle, les traits de son visage (D-503 focalise sur ses mains la première fois que nous le voyons et dès lors, dans les autres scènes avec le Bienfaiteur, l’accent sera toujours mis sur les mains, qualifiées d’énormes, jamais sur la figure du dictateur, parfois voilée par du brouillard, impossible à appréhender, comme si la stature du dictateur, aussi élevée qu’elle fût, le hissait jusqu’à des cimes inatteignables, comme s’il était irreprésentable, homme-montagne siégeant tel Zeus en son Mont Olympe, comme s’il existait un interdit, un tabou « iconoclaste » d’en constituer une image, telles ces miniatures musulmanes laissant en blanc le visage du Prophète), son âge aussi comme s’il était éternel, immortel : domination du surnom sur le nom (Staline ou l’homme d’acier), prescience du culte de la personnalité, de l’exercice monolithique du pouvoir, dictatorial, qui s’est substitué à toute prétention collégiale de la direction de l’Etat (voir par exemple les différentes troïkas d’avant le stalinisme). Le Bienfaiteur serait-il un être surnaturel ou une entité acheiropoïète, non faite de main d’homme, qui, tel Dieu, est désignée par la majuscule (Lui p.198) ? Et cette fascination pour les visages transparents, comme constitués de verre ? Confère la scène de la liturgie, avant la venue du Bienfaiteur et l’exécution publique par ses propres mains démiurgiques, « de fonte » (comme Staline était d’« acier »), d’un déviant qui n’a plus ni traits, ni numéro, devenu une unité sans identité, dépersonnalisée. L’opération effectuée par la Machine, une fois le levier actionné par le Bienfaiteur, s’apparente à la fois à la chaise électrique et aux désintégrateur cher à la science-fiction (note 9 p. 53-56). Ne peut-on pas aussi rapprocher cette liturgie des rituels de sacrifices humains aztèques, analogie d’autant plus troublante qu’Eugène Zamiatine nous fait comprendre que le condamné est consentant ? C’est la victoire symbolique, commémorée, du Total sur l’unité…Le Bienfaiteur, préfiguration du Petit Père des Peuples, exerce le droit de vie ou de mort sur ses sujets, pater familias, maître de l’esclave, roi-prêtre-fécondateur et vainqueur (ainsi fut qualifié en 1934 le XVIIe congrès du parti communiste, « congrès des vainqueurs ») nouveau Tout-Puissant autocratique alliant les trois fonctions indo-européennes de Georges Dumézil.
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On pourrait objecter : le tsar était perçu en son temps d’une manière proche et sa fonction « sacrale » révolue a tout autant inspiré Zamiatine que sa prémonition politique (Staline sera le tsar rouge). Comme si tout cela était inhérent à la manière russe d’exercer le pouvoir…
 En ce monde « parfait », ce qui jure et rompt l’harmonie imposée ne peut demeurer. Le déviant, le différent, le rebelle, l’étranger, l’Autre, est un fou, qu’il faut dresser, normaliser, uniformiser, trépaner, lobotomiser. En pionnier là encore d’une réalité cauchemardesque, Eugène Zamiatine imagine le lavage de cerveau, le domptage, la mise des esprits aux normes, l’exécution publique de la dissidence, précédant les purges staliniennes, les procès de Moscou, maintes séquences de La Ferme des animaux de George Orwell, autre fable d’utopie négative, métaphore cette-fois contemporaine des événements qu’elle transpose. Il y a aussi cette tentative d’insurrection dans la note 25 (p. 137 à 143) lors de la cérémonie du vote à main levée (six millions de mains…) qui n’est pas sans annoncer une scène bien connue de Tintin chez les Soviets tout en montrant le leurre d’une soi-disant démocratie directe manipulée héritant de la Polis, de l’Ecclesia athénienne en l’Agora. Avant Orwell, Zamiatine a su prédire toutes les dérives d’un monde « idéal » issu de la révolution, même s’il lui manqua, au contraire d’un Aldous Huxley et d’un Orwell, la dimension de la mise en conformité biologique et génétique des êtres humains, coulés dans le même moule, comme usinés, fabriqués à la chaînes, programmés – pour ne pas écrire finalistes, déterminés et téléologiques - hommes tayloristes par excellence, standardisés jusqu’à l’accomplissement ultime post-darwinien et eugéniste de Gattaca. Les contre-utopies refusent le hasard, la contingence, les aléas d’une histoire qui finit par les rattraper, les anéantir, via le grain de sable qu’elles n’ont ni su, ni voulu prévoir. Zamiatine et Kafka finissent par se rejoindre en un commun ahurissement face à l’absurde. D-503 se soumet au Bienfaiteur, fait amende honorable, attribue ses velléités de déviance, de révolte à une « maladie ». Il se fait dénonciateur, délateur, prescience là encore du totalitarisme stalinien, où les fils devaient dénoncer leurs parents opposants.
Le lendemain, je me rendis chez le Bienfaiteur et lui racontai tout ce que je savais sur les ennemis du bonheur. (note 40 p. 214).
La Chambre pneumatique, la Cloche, la Machine du Bienfaiteur, la Grande Opération, constituent les outils de la répression, de la mise en conformité de la population dans son intégralité.  Ainsi finira I-330.
Le style d’Eugène Zamiatine est en corrélation avec ce qu’il veut nous narrer : phrases suspendues, style diariste, alternant le passé, le présent de narration, sens de la description des atmosphères tour à tour oppressantes ou prétendument paradisiaques et idéales. Le récit se veut heurté, spasmodique, semé volontairement d’épisodes chaotiques, incohérents, afin de mieux traduire les aspects cauchemardesques de cet univers, cauchemar éveillé, « réel »,  reflet de la pensée de D-503, des interrogations et doutes qui le traversent, des remises en question déchirantes venant saper tout l’édifice mental dans lequel lui et « nous autres » baignent. La confusion de l’esprit devient totale. D-503 se meut et agit parmi une galerie de personnages – R-13 le poète dit « aux lèvres de nègre », O, U, S, réduits à leur lettre initiale, à des sons élémentaires, primaux, dont on finit par ne plus savoir s’ils sont hostiles, amis ou ennemis. Les notes de D-503 paraissent parfois éparses, jetées sur le papier presque spontanément, instinctivement, au fil d’événements qu’il ne maîtrise pas. Là est sa part machinale, en lutte contre sa personnalité émancipatrice. Ce chaos orchestré de main de maître défie toute logique, annonçant la théorie moderne des catastrophes chère par exemple à Michael Crichton. Par son écriture, ardue pour les profanes, Eugène Zamiatine s’amuse à déconstruire le monde structuré marxiste. L’ordre tend à devenir désordre, l’Etat Unique tend à la déstructuration, à l’entropie, à la ruine de l’édifice, jusqu’à la remise en place finale et tragique. L’irruption du désordre, inattendu, imprédictible selon les schèmes imposés par le Bienfaiteur, s’illustre notamment dans la note 25.
Les ennemis du bonheur ne dorment pas. Tenez votre bonheur d’une main ferme. Tout travail cessera demain pour permettre à chaque numéro de subir l’Opération. Ceux qui ne la subiront pas seront envoyés à la Machine du Bienfaiteur. (note 33 p. 182)
Le vol d’essai de L’Intégral ne servira pas les desseins de la rébellion menée par I-330 ; il manquera s’écraser, son moteur mis hors d’usage par notre Constructeur rebellé, mais D-503 sera blessé alors qu’il était aux commandes et s’apprêtait à le détruire – et sans doute à mourir dans le crash avant qu’in extremis, le Constructeur en second ne reprenne les commandes : après ce coup de théâtre, l’échec du complot, c’est toute la population qui va être mise au pas. Notons la vue aérienne de l’autre côté du Mur, cet espace retourné à la nature première, avec çà et là les vestiges de l’ancienne civilisation, jusqu’à l’image du clocher d’église se dressant encore. Cette description, ces évocations de restes d’une ancienne civilisation, celle d’avant, nous les retrouvons dans les dystopies ultérieures, comme Wayward Pines et le film le Secret de la Planète des Singes, œuvres qui reprennent le motif de l’église ruinée, mais aussi les vestiges urbains, images partagées par de nombreux livres et films de science-fiction post-catastrophiques. En la dualité freudienne et stevensonienne de D-503, ce n’est plus l’homme velu épris de liberté qui l’emporte, mais la partie mécanique, automate, héritière de l’homme-machine de La Mettrie. L’Etat Unique triomphe. La normalisation produit le robot humain (Eugène Zamiatine écrit juste avant que Karel Capek n’invente le mot). 
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D-503, autrefois Constructeur de l’Intégral, est ravalé au rang de simple rouage ou « fil ». Eugène Zamiatine multiplie à la fin les allusions christiques, de la Passion : p. 199, p. 201, p. 209, comme en la note 9, où un parallèle était fait entre le sacrifice du Christ et celui de l’unité, rite préférable selon l’idéologie de l’Etat Unique. L’influence religieuse de la Sainte Russie, bientôt bannie par l’athéisme de l’Homme nouveau en voie d’édification, se manifeste curieusement chez Eugène Zamiatine, d’une manière quasi hérétique, car la cohabitation des deux personnalités de D-503 n’est pas sans rappeler l’idée des hypostases chrétiennes (réduites ici à deux), le moi mécanique finissant par vaincre pour le pire le ça épris de liberté.
Le Mur Vert est devenu en sus mur d’ondes à haute tension : barrière électrifiée, prémonition du champ de force cher à la science-fiction digne de Zardoz, Jurassic Park et Wayward Pines. La conviction de D-503, dompté, est devenue certitude de la victoire contre les autres, les dissidents, anciens numéros passés de l’autre côté. Le récit se clôt sur la désespérance. 
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Voilà bien une réussite littéraire à laquelle il me faut ajouter une anecdote éclairante : pour les noms-numéros de ses personnages, Eugène Zamiatine s’est inspiré des numérotations des pièces, rivets, boulons, tôles, constituant les coques des navires qu’il concevait et faisait construire.

Prochainement je traiterai du refus du costume antérieur (dans son sens historique, d'époque, de reconstitution, de contextualisation temporelle précise), qu'il s'agisse des fictions télévisées françaises ou des mises en scènes contemporaines d'opéras et de pièces de théâtre. 

lundi 7 mars 2016

La disparition de Nikolaus Harnoncourt à la télévision : il s'en est fallu d'un cheveu.

(...) (à propos de l'élitisme) Faut-il s'étonner de ce paradoxe ? Sans doute pas, car on parierait que le curseur mental de ceux qui nous gouvernent ou nous informent est resté coincé sur leurs lectures trop rapides des thèses de Bourdieu, échafaudées à une époque où le soupçon d'élitisme pouvait avoir un sens, dans la mesure où la culture des élites sociales était alors dominante. Epoque révolue. Ou peut-être pas. Car la culture des élites sociales de 2016, en matière musicale du moins, c'est le rock ou la pop, qui exercent depuis longtemps leur pouvoir absolu sur la civilisation occidentale tout entière - plus dominant, on n'a jamais vu. Processus bien connu d'une contre-culture devenue officielle, renvoyant la culture officielle d'avant-hier dans les marges de la contre-culture d'aujourd'hui. Mozart, Beethoven ou Debussy sont en danger, pas The Cure, Stromae ni Lady Gaga. (Emmanuel Dupuy : L'Elite de la Divagation éditorial in Diapason n° 644 mars 2016 p. 4)

Voici peu d'années sur ce même blog, j'avais prophétisé (c'était là une crainte personnelle ô combien justifiable !) que la disparition du pionnier de la musique baroque Nikolaus Harnoncourt risquait de désintéresser les médias audiovisuels français.
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Or, in extremis, et contrairement à ce qui s'était produit pour Gustav Leonhardt en 2012
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 ou Henri Dutilleux en 2013, la nécrologie de Nikolaus Harnoncourt a été assurée, certes quelque peu a minima, mais assurée tout de même ! 
Comme l'avait dit le grand historien Lord Kenneth Clark (1903-1983) dans une série documentaire oubliée consacrée aux civilisations diffusée au mitan des années 70 (c'était encore l'époque où ce que je nomme désormais la culture antérieure avait encore largement droit de cité), il s'en est fallu d'un cheveu. Kenneth Clark, spécialiste de l'histoire de l'art comme le fut chez nous André Chastel (1912-1990), dans cette émission tournée autour de 1969 au Royaume-Uni, s'exprimait au sujet des invasions barbares qui avaient, selon lui, manqué emporter à jamais la civilisation occidentale gréco-romaine.Ce grand historien de l'art fut par ailleurs titulaire de la chaire de John Ruskin à Oxford. Lord Clark, dans sa vision des Barbares, entrait en contradiction avec l'auteur de SF Lyon Sprague de Camp dans son roman De Peur que les Ténèbres, bien plus hostile à Byzance qu'aux Ostrogoths d'Italie... Les thèses défendues par Lord Clark datent donc un peu, bien qu'elles soient estimables. Sic transit gloria mundi...
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Pour en revenir à notre sujet (ma manie des digressions à la Dumas et des incises à la James est dure à réfréner !) tout l'honneur de cette nécrologie en revient à Arte pour une fois. Lorsque cette chaîne fait du bon, j'ai aussi le droit de l'exprimer. Ce n'est guère le cas des infos de France Télévisions (je songe ici en particulier au 19-20 d'hier soir) dont les nécrologies se restreignent depuis longtemps aux seules grosses pointures connues du péquenot (ce phénomène dure depuis la dérégulation du PAF voici trente ans), groupe audiovisuel soi-disant public qui pallie ses insuffisances culturelles crasses en se reposant trop sur son site Internet Culturebox. Mais revenons-en à Arte après nous être quelque peu dispersé. Peut-être l'absence des bobos, perdus dans leurs embouteillages de retour de week-end a joué ? Peut-être la germanité du grand chef baroque a-t-elle plaidé en sa faveur (Arte demeure une chaîne franco-allemande) ? Henri Dutilleux n'eut pas cette chance puisque décédé en semaine, le jour même des deux cents ans de la naissance de Wagner, sans omettre que son esthétique d'indépendant farouche quoique incontestablement contemporain l'éloignait de la doxa boulézienne. De même, j'ai eu raison de ne rien attendre de la part d'Euronews qui préfère annoncer les morts de rockers. Je ne mets jamais TFI et, concernant le reste, c'est-à-dire BFM TV ou France 24, j'ai pu voir défiler le bandeau d'annonce nécrologique de notre chef d'orchestre baroque... ce qui n'est pas si mal lorsqu'on se souvient que, pour Joan Fontaine, il n'y eut même pas de bandeau de dépêche !
Grâce soit donc rendue à Arte, qui, à l'extrême fin de son journal de dimanche soir de 19h45, rendit hommage à Nikolaus Harnoncourt. Arte a assumé.
On fait toujours l'unanimité lorsqu'on est disparu. De son vivant, Harnoncourt (qui était d'ascendance lorraine et comte de La Fontaine et d'Harnoncourt, cela ne s'invente pas) ne fut ni exempt de critiques, ni de reproches, ni de polémiques. La révolution baroque dont il constitua le fer de lance le plus étincelant fut vertement critiquée, vilipendée par les conservateurs attachés viscéralement à une interprétation classique figée depuis le XIXe siècle, d'autant plus lorsque notre chef entreprit d'élargir son répertoire réinterprétatif à la musique romantique. Il ressuscita des timbres et sons disparus depuis plusieurs siècles. Ce fut là un mini scandale artistique tel que savent le concocter les tenants de l'art contemporain. Nikolaus Harnoncourt agaça certains ; il plut à d'autres. Nul ne fut indifférent à son art ineffable. Par ailleurs, il eut le regret de subir la politique de concentration des labels discographiques menée par les multinationales de l'édition phonographique. Ainsi, Teldec (ex Telefunken), qui longtemps édita ses enregistrements, fut absorbé par Warner Classics et disparut au cours des années 1990 tout comme Erato en France.
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Questionnons-nous à présent sur l'héritage que Nikolaus Harnoncourt nous lègue. Sait-on que l'interprétation sur instruments d'époque atteint désormais jusqu'au rock et à la pop music ? C'est la recherche de l'authenticité des timbres qui guide les passionnés de la pop des années 60-70 en quête des sonorités explicites des synthés anciens, des guitares électriques, des batteries tels que leurs aînés les écoutaient. Cette recherche, c'est à Nikolaus Harnoncourt qu'ils la doivent. Ils lui en sont redevables.
Nikolaus Harnoncourt demeurera pour la postérité comme un des plus éminents représentants de ce que j'aime à appeler - j'insiste sur cette terminologie personnelle -   l'anté-culture ou culture antérieure.

samedi 5 mars 2016

Henry James : un centenaire nécrologique boudé.

La ligne éditoriale des journaux télévisés d'Arte me paraît on ne peut plus claire : sauf éphémère sidération hexagonale au lendemain d'une montée électorale brune, cette chaîne retombe promptement dans ses vieux travers, ses vieux démons. Elle se désintéresse des exclusions sociales internes,  endogènes et intrinsèques - de celles qui nourrissent le terreau électoral du parti marinien - au profit des seules exclusions dues aux diverses altérités géographiques, sexuelles, ethniques, religieuses etc. Exclusions hexogènes, extrinsèques, que je qualifierais du néologisme personnel de xénogènes. (Le Philosophe inconnu du XXIe siècle)

La réaction, c'est la réforme. (un ultralibéral orwellien)

La faute du maître de thé est plus vénielle que celle du faux sage qui prône des principes sans commencer par les appliquer à lui-même. (maxime de Li Wu, philosophe chinois du XXVe siècle)

(...) et que vous conclussiez encore que je vous estimasse (...) (Blaise Pascal : Deuxième Discours sur la condition des Grands)
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L'atonie générale qui a présidé  à la tant attendue (et absente) commémoration du centenaire de la mort d'un des plus considérables écrivains de langue anglaise, Henry James (1843-1916) était aisément prédictible depuis le silence constaté par votre serviteur lors de la publication en 2013 de la meilleure traduction française jamais faite du roman La Coupe d'or par Jean Pavans  (éditions du Seuil), depuis réédité en poche. Autrefois, lorsque Jean Pavans, par ailleurs frère de René de Ceccatty, s'était attelé à la tâche formidable, extraordinaire, de la traduction intégrale des nouvelles de James, Le Monde lui avait consacré de conséquents et élogieux articles.
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A ce jour, seuls l'INA et les éditions de La Pléiade se sont préoccupés de ce centenaire obituaire jamesien. Rien sur Arte, natürlich. Comment ? Imaginez vous une seule attoseconde cette chaîne dite "culturelle" (elle ne l'est vraiment que le mercredi en 2e ou 3e partie de soirée et, telle la trêve de Dieu médiévale, du vendredi soir 22h30 ou 50 à l'aube du lundi, week-end bobo parigot oblige) se préoccuper de la mémoire d'un écrivain jugé trop ardu et trop bon ? Le bobo ratiocine dans l'éternel présent, enfermé en sa bulle vortex de Zardoz prête à craquer (elle se fissure de toute part depuis les attentats de janvier 2015 et encore plus depuis ceux de novembre), niant le passé, l'histoire, jusqu'à ce que le principe de réalité, qu'il soit écologique, islamiste ou fasciste le rattrape. Pour lui, l'histoire commence vers le pop art ou Woodstock 1969, au contraire du grand historien Samuel Noah Kramer (1897-1990) qui la faisait débuter à Sumer. Le bobo fait intégralement table rase de toute la culture ancienne, y compris extra occidentale : vous avez dû comme moi constater que cela fait plusieurs années qu'Arte ne traite plus du tout des expos du musée du Quai Branly qu'elle porta autrefois sur les fonts baptismaux, à l'exception de celle consacrée aux tatouages, parce que cela faisait chébran.  Je suis heureux de constater que l'analyse du sociologue Jean-Pierre Le Goff sur les bobos rejoint la mienne (il les déteste cordialement), analyse ouïe avec délice dans le 28 minutes d'Arte cette semaine (il m'arrive de suivre cette émission lorsque des grands comme Etienne Klein y sont invités ; mais lorsque elle se retrouve coincée avec des représentants de la cause LGBT ou bourgeois-bohème, je zappe automatiquement sur mon canal 99 afin de visionner un documentaire enregistré sur mon disque dur)
Bref, ce silence à peu près intégral autour d'Henry James et de ses chefs-d'oeuvre (qu'il s'agisse de romans ou de nouvelles)  laisse mal augurer de la suite en cet an de grâce 2016, suite qui a pour noms Emile Verhaeren, Shakespeare, Cervantès, Jack London ou Granados, tous grands disparus une année en 16. Faut-il s'attendre, comme pour Frédéric Mistral voici deux ans, à un abandon de ces niches écologiques que les partisans de Marine ou de Sam le Fermier, podestat d'Arausio depuis tantôt 21 années, s'empresseront de se réapproprier ? J'ai la ferme intention d'accueillir Mistral dans ma rubrique des écrivains dont la France ne veut plus.
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Pour James, impossible : il est né américain et a fini européen, britannique (il fut naturalisé moins d'un an avant sa mort, le 26 juillet 1915) ... Oublié du Prix Nobel de son vivant au profit de fausses gloires toutes ensevelies depuis à cent mètres cubes sous terre, James demeure indispensable pour tout lecteur cultivé. David Lodge, dans le fort recommandable roman L'auteur L'auteur, nous dépeignit un James déjà incompris de son vivant, jaloux des succès dramaturgiques d'Oscar Wilde, de sa facilité d'écriture, gêné par le jugement des critiques qui considéraient ses romans comme trop complexes, illisibles, ampoulés, aux phrases emberlificotées par un usage immodéré des incises ... telle La Princesse Casamassima, qui, à la fin du XIXe siècle, eut si peu de succès que je ne parviens pas à en dénicher une édition de poche récente ! Henry James, lorsqu'il dictait ses textes à sa dactylo, éprouvait du mal à ce qu'elle le comprît.
Si James intéresse si peu nos a-médias, a fortiori, j'ai peine à envisager qu'ils puissent consacrer des dossiers, des articles ou des documentaires à un personnage littéraire fameux, Don Quichotte, qui par trop crut aux romans de chevalerie (François 1er aussi : il voulut faire du château de Chambord un symbole architectural chevaleresque idéalisé). Ceci dit, je trouve inadmissible qu'un mensuel de la tenue du Magazine littéraire n'ait pas consacré le mois de février 2016 à l'oeuvre d'Henry James (le thème s'imposait) tout comme en 2012, il n'avait pas consacré une seule ligne à Charles Dickens ! A la décharge de cette revue (que les anniversaires et commémorations laissent assez insensible) il y a eu tout de même en ses pages (et accessible en ligne), un article récent sur notre auteur américano-britannique : de fait il s'agit d'une brève de 278 mots Henry James, l'infatigable épistolier. Parue le 11 juin 2015, cette brève nous informait de la publication prochaine de l'intégrale de la correspondance de James par les éditions University of Nebraska Press. Intéressant, mais bien insuffisant. C'est comme si le site de la Tribune de l'Art s'était contenté de quelques lignes pour se livrer à une analyse sommaire (un résumé dirais-je) de la récente expo Elisabeth Vigée Le Brun du Grand Palais !
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Henry James vaut mieux que des résumés, des brèves. Espérons que les spécialistes français ou étrangers de son oeuvre sauront remédier dans les prochains mois à ce nouvel impair culturel gênant...
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