lundi 16 décembre 2013

Joan Fontaine in memoriam (1917-2013). A tribute to a magnificent actress.

J'ai mis le titre en anglais pour avoir plus de lecteurs.

Being a woman, I have found the road rougher than had I been born a man. (Joan Fontaine : No Bed of Roses).

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Grand'belle suis ; petite blonde aussi. (Aurore-Marie de Saint-Aubain)

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J'avois décidé de parler ce jourd'huy du traité de l'anécrologie de Lady Joan Fontaine. Nul à la télévision n'avoit jugé utyle d'évoquer son trépas d'où le titre privatif dudit ouvrage. C'étoit pourquoy ledit traité de l'anécrologie de Lady Fontaine apparoit vide, faict unyquement de pages vierges, blanches, puisque personne en France ne s'étoit avisé que la mort d'icelle grande Dame de l'écran présentoit le moindre intérest. (Mémoires du Nouveau Cyber Saint-Simon).

Tout en faisant accroire qu'ils aimoient le cinéma, qu'ils le soutenoient, les journalistes a-cultureux d'"Arte" se montroient incapables de couvrir la moindre annonce nécrologique de grands comédiens anciens, ce qui prouvoit leur médiocrité intrinsèque à qui possédoit la capacité de les entendre. (Mémoires du Nouveau Cyber Saint-Simon)
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Un scandale nécrologique majeur vient de se produire aujourd'hui en France, surpassant l'ensemble des précédents (ndlr : Henri Dutilleux et François Jacob, pour ne citer qu'eux) : la couverture médiatique télévisée inexistante de la disparition d'une très grande actrice. Euronews n'a même pas répété la brève insérée à la mi-journée et ni Arte, ni l'émission Entrée Libre de France 5, d'habitude souvent la seule à rattraper, prolixe, les annonces de décès négligées et ignorées par l'ensemble des autres ajournalistes salonards et incultes de notre antitélévision moisie, n'ont évoqué la mort de Joan Fontaine, ne serait-ce qu'une femtoseconde subliminale.

Ce texte réactif ô combien, commandé par une actualité douloureuse dont on fait en sorte que l'immense majorité des péquenots s'en foute, est là pour pallier toutes les insuffisances crasseuses d'un mass médium dès lors obsolète et condamné à une disparition programmée face à Internet. On glose sur le déclin de la presse papier, menacée en son existence même par le web... Et si, en fait, c'était la télé comme on l'entend encore dans son sens primitif qui était frappée à mort ? 

Grande Dame aux yeux noisette, rose trémière qui enchanta Aurore-Marie de Saint-Aubain, formidable en ravissante tueuse, en Ivy Lexton,
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 géniale en Lisa Berndle,
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 inoubliable et fragile Lina McLaidlaw, en Tessa Sanger, en Jane Eyre, enchanteresse seconde Madame de Winter, reçois de moi ce mérité hommage ! Tes films ne sont point tous visibles ; certains, cela est regrettable, manquent à l'appel tel Man of Conquest où tu t'avéras ravissante et coquette...
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 D'autres ne furent pas parfaits, loin s'en faut, à la RKO surtout, mais qu'importe du moment que ta spéciale et singulière beauté au visage triangulaire, au regard malicieux et ironique, pailleté de vert, illuminait les plateaux du vieil Hollywood révolu à jamais. Ta disparition, un an après celle de l'immense, sublime et faramineux Jean Topart à l'inoubliable voix, représente pour moi un deuil irrémissible.
Toi-même, ne fus-tu pas aussi une Voix ? An English voice, so gorgeous, so beautiful, aux inflexions distinguées en diable. Et ton élégance, qui s'en souviendra encor ? 
Les cuistres, les béotiens, les minus du Zorglub de Fournier dans Tora Torapa ne méritent plus aucune considération pour t'avoir omise en cette journée de douleur lugubre, de chagrin sincère. Leurs références culturelles, bloquées aux années 1960, ne savent plus rien de toi, de tes films, de tes rôles fantastiques qu'ils n'auraient jamais dû oublier, pourtant ! Les cuistres ! Leur oubli vain en confère à l'injure.
Primerose d'Aurore-Marie de Saint-Aubain, héroïne majeure et humoristique de notre oeuvre conjointe, à ma soeur et à moi, reçois ce bel hommage sincère ! Reçois-le, là où désormais tu te trouves, partie en ton sommeil, discrète... Tu revivras dans les pages de nos livres... à tout jamais puisque les paroles, dit-on, s'envolent et que les écrits demeurent.

Nous te reverrons, Joan Fontaine, irrésistible, notre Deanna Shirley, dans Cybercolonial. Tu resteras parmi nous, en tes films, par-delà la mort.
Qu'on se le dise !

vendredi 13 décembre 2013

Henry James traduit par Jean Pavans, Peter Carey, André Bucher, Richard Millet, Gabriel Matzneff, Jean Clair, Dan Simmons : les négligés, boycottés, oubliés, méprisés, ostracisés et ignorés de l'automne littéraire 2013.

Passés les blogs littéraires, t'as plus rien ! (Cyber Louis Ferdinand Céline)

Je veux combattre tous les oublis, toutes les turpitudes, toutes les injustices, tous les non-dits, toutes les omissions culturelles volontaires. (le nouveau Victor Hugo)

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Aucun non traitement informationnel d'un événement culturel n'est fortuit. (Journal d'un anti bobo de Paris)

La communauté culturelle gay detestoit les gays de dextre et d'extrême dextre qui pourtant existoient ; elle les ostracisoit conséquemment. (le Nouveau Cyber Saint-Simon)

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Après qu'il eut retourné sa soubreveste l'an Mil neuf cent octante trois, se reniant luy-mesme, le Florentin préféra flatter la câblitude, ainsi qu'on la qualifioit, plutost que de s'occuper de la grande misère du Peuple. (le Nouveau Cyber Saint-Simon).

Je m'ennuyais ferme en présence d'une telle littérature, qui n'était ni celle que je prônais, ni celle que je voulais. (Journal de Moa)

Ces sociologues et philosophes (ndlr : Bourdieu et Derrida) étoient parvenus à tétaniser et à neutraliser toute velléité de faire accéder le Peuple à la grande culture, en présentant celle-ci comme une obscénité bourgeoise. Ce fut lors que se rompit le pacte entre communistes, gaullistes et royalistes qui avoit produit la télévision des années Mil neuf cent soixante. (le Nouveau Cyber Saint-Simon)

Les béotiens monopolisateurs officiels frappent, frappent sans retenue, sans limite les feuilles mortes livresques qu'ils ont choisi de bannir parce qu'elles ne leur plaisent pas...ou s'en fichent comme de Colin-Tampon. Ils négligent sciemment ; ils taisent ce qui les dérange en leur confort installé ; ils jouent la déculturation crescendo. Pourquoi encore penser ? Big Hayek pensera à votre place, voyons !
Achetez les bouquins qu'ils vous prescrivent. Pas les autres ! Cliquez pour valider votre panier sur le site en ligne du Grand Méchant Loup. Les légions de cafres payés au lance-pierre, de matériel humain (selon l'abjecte phraséologie nazie) des Babels entrepôts s'occuperont de vous livrer le "produit" livre commandé, le mieux vendable, le mieux bancable, le plus rentable.

HEUREUSEMENT, IL EXISTE ENCORE DE NOS JOURS DE VRAIS LIBRAIRES POUR RELAYER LES SORTIES DE LIVRES DONT LES OFFICIELS DU JOURNALISME LITTERAIRE ET LE GRAND MECHANT LOUP EN LIGNE REFUSENT DE PARLER...

Cherchez donc, mesdames-messieurs, dans la presse sérieuse officiellement non stipendiée, le moindre "papier" de fond sur les livres suivants sortis en 2013 et souffrant de négligence critique pour des raisons diverses, cherchez et trouvez, si vous y parvenez... Chapeau bas ! 
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 Henry James : La Coupe d'or. Editions du Seuil. Nouvelle traduction de Jean Pavans : la meilleure de tous les temps, la plus respectueuse de l'envoûtement stylistique jamesien, de son phrasé si particulier qu'on rapproche volontiers de celui de Marcel Proust... Hé bien, jusqu'à maintenant, zéro article digne de ce nom consacré à cette retraduction événement ! la honte !
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Peter Carey : La Clinique des Larmes. Actes Sud. Hormis sur les blogs littéraires qui en débattent, silence radio confondant autour de ce roman, certes consacré au thème de la résilience, mais qui le traite d'une manière originale et brillante, en utilisant le biais ou le vecteur d'une fascinante quête des automates et de leur univers. Dois-je rappeler ici Magdalena, une des plus belles aventures de Tif et Tondu ?

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André Bucher : La Vallée seule. Editions Le Mot et le Reste. 
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En dehors de France culture, point grand-chose à signaler sur ce roman, qui a rencontré fort peu d'échos malgré son écriture proprement magnifique. On y retrouve une certaine transcendance de la nature, de la forêt et de l'hiver, du cycle de la terre, de celui de la Vie, vision fascinante qui vient puiser dans le substrat préhistorique de l'animal-gibier proie sacrée, chamanique, autour de la figure du vieux cerf sublimé. L'auteur cultive certes sa marginalité, son refus des modes, de l'ostentation médiatique, mais n'est-ce pas une raison supplémentaire pour encourager la lecture de son oeuvre, une des plus belles et abouties de cette année 2013 ?  Selon moi, La Vallée seule est sans doute le livre - nonobstant la différence de style et de manière d'aborder les thèmes de la nature ancestrale et du primitivisme - qui se rapproche le plus de mon dernier roman, Le Couquiou.

Richard Millet : Trois Légendes. Editions Pierre Guillaume de Roux.
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Malgré une salve éditoriale conséquente (trois publications concomitantes à lui tout seul), Richard Millet, après l'affaire que l'on sait, a endossé le statut de paria, d'ostracisé, d'exclu du Parnasse littéraire officiel. Certes, cette affirmation est tendancieuse, mais il faut reconnaître que le boycott de Millet ne se justifie pas toujours, bien que se trois derniers ouvrages soient inégaux, force est de l'écrire ici. Son Artiste du sexe, chez Gallimard, me semble une espèce de bluette jetée avec désinvolture à la face de ceux qui l'ont banni l'an dernier, comme s'il eût voulu dire : "Vous ne m'aimez plus, moi non plus (à la manière de Pialat en 1987) ; alors, puisque ce que j'écrivais chez vous ne vaut désormais plus rien selon vous, je vous adresse ce roman pas bon du tout, les oeuvres valables étant réservées à l'autre éditeur qui lui, m'a compris et soutenu."
J'interprète certes, ce geste éditorial de Millet qui fait preuve d'un certain panache (même si, sous ma plume virtuelle Azerty, cette expression peut paraître outrée et galvaudée). Cependant, il est indéniable que, parmi les extrêmement rares critiques parues çà et là, c'est L'Etre-boeuf  qui est une réussite et Une artiste du sexe la boutade volontairement loupée. Là-dedans, tout le monde a oublié de mentionner le génial recueil de trois nouvelles Trois Légendes, où l'on retrouve pourtant avec délice ce style particulier à Millet, cette scansion, ce phrasé qui firent le charme de La Gloire des Pythre et de Ma Vie parmi les Ombres.

Gabriel Matzneff : Séraphin, c'est la fin ! La Table ronde. Bien qu'ayant été honoré du prix Renaudot essai, ce recueil (ou compilation) d'articles de presse étalés sur près de soixante années a été accueilli avec une franche indifférence, même après sa récompense amplement méritée, sans doute à cause de la personnalité sulfureuse d'un auteur, assez gidien au fond, de par ses goût "spéciaux" sur lesquels je n'ai pas du tout envie de débattre ici. Disons que l'ostracisme littéraire peut s'expliquer par bien des causes, politiques ou sexuelles, surtout lorsque les auteurs flirtent constamment avec l'abjection, se promenant le long d'une ligne rouge que, parfois, un de leurs pieds n'hésite pas à franchir de temps à autre. Hélas, Gabriel Matzneff demeure un de nos écrivains les plus talentueux, à la différence d'un Abel Hermant de sinistre mémoire... Je ne désire pas polémiquer sur des choses qui sont du ressort de la loi, surtout depuis un certain Marc Dutroux... Toujours est-il qu'écrire Lolita ou filmer La Petite de nos jours sont devenus des tâches artistiques impossibles...
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Jean Clair : Les Derniers Jours. Galllimard.
 
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Jean Clair, hélas, a une image qui lui colle à la peau : celle, injuste, d'un vieux réac nostalgique contempteur des dérives de l'art contemporain (d'une certaine forme mercantiliste et spéculative de l'art contemporain devrais-je préciser). Il n'en demandait pas tant ! L'ostracisme dont son dernier livre est victime (pas un article sérieux dans la presse officielle ne lui a été consacré !) mérite-t-il  une telle ampleur ?  Au fond, il se rapproche en ses propos de Richard Millet, sans toutefois exclure quelques dérapages et simplifications, qui induisent toujours chez les jdanoviens actuels, une riposte disproportionnée de mépris, d'ignorance, épidermique et pavlovienne (à moins qu'ils aient lu l'oeuvre scientifique de Skinner, pape du behaviorisme).

Dan Simmons : Collines noires. Robert Laffont. Trois ans pour traduire un roman de Dan Simmons, c'est proprement énorme ! Les critiques commencent à peine à paraître sur un bouquin pas pire qu'un autre, mais sans doute trop commercial pour nos cercles nombrilistes germanopratins qui l'ont délaissé plusieurs semaines durant, tandis que Drood, voici deux ans, avait d'emblée suscité d'abondantes et laudatives réactions critiques.
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Je termine mon texte par un bref rappel sur Jasper Fforde, adulé au départ, presque ignoré et oublié maintenant par nos cercles de criticulets qui l'avaient encensé, auteur que j'aime, dont les traductions et publications se poursuivent dans l'indifférence un peu malveillante de ceux qui, appliquant les mots apocryphes de Rémi à Clovis, on brûlé ce qu'ils ont adoré pour adorer ce qu'ils avaient auparavant brûlé...

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Mesdames, messieurs, c'est à vous de parler de Jasper Fforde, de commenter ses derniers ouvrages ! La balle est dans votre camp !

JE COMPTE SUR VOUS !




dimanche 8 décembre 2013

Sarah Polley trop méconnue en France.

Gringos locos ! (Lucky Luke : Les Rivaux de Painful Gulch, par Morris et Goscinny).

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Sarah Polley... un nom contemporain qui, hormis les cinéphiles chevronnés, ne dit pas grand-chose au public français. Pourtant, cette actrice et réalisatrice, active depuis l'âge de six ans, aurait de quoi susciter un large intérêt, d'une part, par sa précocité, d'autre part, par ses engagements sans concession. Cette jeune femme d'origine canadienne, née en 1979 à Toronto, fut remarquée dès 1988 dans Les Aventures du baron de Münchhausen de Terry Gilliam.
 
 Elle se jura de ne plus participer ni à un blockbuster, ni à une mièvrerie télévisée des productions Disney (Les Contes d'Avonlea), préférant à tout cela l'activisme politique. Elle acquit une reconnaissance internationale en 1997 avec le long métrage d'Atom Egoyan De Beaux Lendemains.
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A partir de là, Sarah Polley a enchaîné les rôles et réalisations. Cependant, il faut noter que sa présence au jury du festival de Cannes 2007 passa à peu près inaperçue chez nous. De même, ne faudrait-il pas critiquer vertement le chaos qui a accompagné la réception hexagonale de ses deux derniers films en tant que cinéaste ? La sortie en salles de sa comédie dramatique Take this Waltz, avec Michelle Williams et Seth Rogen a été annulée, faute de d'écrans dirait-on, au profit d'une seule exploitation en DVD et en blu-ray, tandis que son documentaire autobiographique Stories We Tell a certes été exploité chez nous, mais en peu de copies, et souffre du problème contraire : il ne semble à ce jour nullement prévu en DVD malgré ses qualités (quoi qu'on ait pu reprocher à Sarah Polley au sujet de ses choix de réalisation, de son style - par exemple l'utilisation d'une actrice dans le rôle de sa génitrice, ce qui apparente davantage Stories We Tell à un docu-fiction qu'à un documentaire pur). La jeune femme s'est penchée sur son destin, sur l'histoire de sa mère Diane Polley, décédée prématurément, sur la découverte déchirante de la vérité au sujet de ses origines :  le père biologique de Sarah Polley n'était pas l'époux puis veuf de Diane.
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Tout cela est fort intéressant, et il s'avère dommage que silence et désintérêt (indifférence aussi) aient pesé aussi fort sur ce film qui n'a eu qu'une critique mitigée, alors que l'on savait que sa carrière chez nous demeurerait confidentielle et brève.
Combien de victimes du 7e art seront-elles encore à déplorer tout le long de ce blog ?

samedi 30 novembre 2013

Snowpiercer le transperceneige : un chef-d'oeuvre que je ne verrai jamais en salle.

Les médias entretenoient continûment parmi la populace le sentiment de désorganisation et de décomposition du gouvernement central (Mémoires du  Nouveau Cyber Saint-Simon).

Ne dites plus : journalistes et commentateurs politiques invités réguliers à telle ou telle émission ; dites plutôt campeurs télévisuels professionnels abonnés permanents. (Sages réflexions d'un chroniqueur anti-médiatique).

La dystopie de Bong Joon Ho, Snowpiercer le transperceneige est, avec The Immigrant de James Gray, le seul véritable chef-d'oeuvre cinématographique de cet automne 2013 par ailleurs fort contrarié en distributions chaotiques, voire émaillé d'absurdes non sorties de films aussi dissemblables qu'Eden ou Tom le Cancre. Chaque sabotage, chaque annulation de sortie constitue à lui et à elle seul(e) un cas d'école, jusque-là à peu près inédit tant se dégradent à la vitesse grand V les conditions de distribution et d'exploitation des films dans l'hexagone. 
Qu'en est-il de Snowpiercer, quelles sont les raisons qui me poussent à écrire au sujet de ce long métrage de SF que je ne verrai jamais en salle ? Tour simplement, avec notre parc de petits cinémas indépendants sinistrés, parfois injustement déclassés par le CNC monarque absolu, même une distribution en 300 et quelques copies ne garantit plus du tout que les petites communes puissent un jour être servies lorsque, par chance, elles possèdent encore un (petit) cinéma...
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Dans ce cas, pour quelle raison discuter d'un film que je n'ai pas vu, que je ne puis vous raconter par le menu détail, n'en connaissant que la bande annonce, les extraits passés à la télévision (qui a su, pour une fois, couvrir à peu près correctement l'événement de la sortie de l'oeuvre), les commentaires d'autres spectateurs moins frustrés que moi et les articles, souvent élogieux, de la presse ?
Parce que Snowpiercer, au-delà du film de science-fiction, de la parabole, de toutes les interprétations qu'on peut en faire, de l'exceptionnalité de sa mise en scène, de ses acteurs (dont John Hurt,
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 en vieux révolutionnaire désabusé, alors que nous venons de l'admirer en Doctor Who méconnu couvert de remords pour avoir détruit un univers), est un symbole prégnant de notre propre époque éminemment pétrie de contradictions, où les idéaux révolutionnaires sont morts, noyés dans le sang, où la culture se désintègre bien que nous soyons censés vivre à l'âge supposé de l'accès universel à tout : contradictions en effet surprenantes alors que la censure des sites de streaming vient de commencer au grand dam des internautes partisans du tout gratuit en ligne (surtout quand il n'existe pas d'autres moyens que le streaming ou la VOD pour parvenir à voir un film mal distribué par ailleurs).
Les exclus de Snowpiercer, les soutiers parias des wagons de queue ayant soif de remonter jusqu'à la tête du convoi, me font penser aux vagabonds du rail de Jack London,
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 aux tramps, hoboes américains dont ils ont enfilé la pelure de hardes effilochées et crasseuses sans oublier leur réduction à la condition anthropophagique. J'ignore tout des conséquences philosophiques induites par les surprises narratives et scénaristiques du film qu'on ne peut lire et regarder au premier degré, semble-t-il. S'il y a métaphore, peut-être ressemble-t-elle à mon roman méconnu et peu lu G.O.L. où, si l'on peut l'écrire, les wagons du train sont remplacés par une cité despotique de 130 étages, des niveaux inférieurs horribles peuplés des pires slums et égouts à ceux, supérieurs et huppés, d'une dictature autocratique très austro-hongroise. Là aussi, il y a beaucoup de surprise, de traversée chaotique des apparences dédaléennes jusqu'à la découverte de la vérité, de la réalité. G.O.L. et Snowpiercer même combat...
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Bref, je vous parle de Snowpiercer, ce film assurément éblouissant, aux rebondissements inattendus, allant au-delà d'une lecture simpliste au premier degré, au-delà des attendus du message socio-politique, sans pouvoir vous livrer mon commentaire personnel de spectateur d'après vision de l'oeuvre. Patientons jusqu'à l'hypothétique blu-ray ou DVD, à condition qu'il ne prenne pas la fantaisie aux multinationales de l'édition filmique de supprimer ces supports ou de refuser toute sortie de rattrapage au long métrage de Bong Joon Ho. Là résiderait le pire des scandales... A quoi bon discourir sur ce qu'on n'a pas vu à cause des failles et absurdités du système ?

dimanche 24 novembre 2013

"Voyage sans retour", "The Conspiracy" et "Nos Héros sont morts ce soir" : trois films sabotés de l'automne 2013.

Et il existait des musiques dominantes, voire dominatrices, aux côtés de celles qui le deviendraient mais ne dominaient pas encore, sans oublier celles qu'on s'apprêtait à faire chuter de leur piédestal (Mes Mémoires, à propos de la chanson française, de la variété anglo-saxonne et de la musique classique dans la situation culturelle de 1970 environ).

Je suis un cinéphile éternellement insatisfait (aphorisme de moa).

 Voyage sans retour de François Gérard, avec Samy Naceri et Marie Vincent, sorti en catimini le 11 septembre 2013,
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The Conspiracy de Christopher Mc Bride, avec Aaron Poole, James Gilbert et Ian Anderson, distribué en toute discrétion le 18 septembre 2013,

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Nos héros sont morts ce soir  de David Perrault, avec Denis Ménochet, Jean-Pierre Martins, Constance Dollé, Yann Collette et la formidable et magnifique Alice Barnole dans un trop petit rôle, sorti dans la quasi indifférence le 23 octobre 2013, bien qu'il ait été présenté au festival de Cannes dans les sélections parallèles,
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autant de sabotages, de feuilles mortes du 7e art de cet automne 2013 meurtrier, où, désormais, même des longs métrages américains (Eden) et français, malgré la parution normale des critiques dans la presse, se retrouvent sans une seule copie (y compris dans la capitale !) le jour officiel de leur sortie.
Les trois cas énumérés, bien que moins extrêmes que d'autres en ce moment (le biopic annoncé sur Julian Assange, avec le génial Benedict Cumberbatch dans le rôle titre, prévu pour le 4 décembre 2013, n'avait toujours pas de salle prévue hier...), demeurent toutefois emblématiques et symboliques de l'extrême dégradation culturelle de notre pays où il devient chaque semaine davantage impossible d'avoir accès à toujours plus d'oeuvres non encombrantes et bouffeuses de méga-complexes se démarquant de la massification des goûts dictée d'en haut, massification où, hors les dessins animés 3D, certaines comédies françaises "consensuelles" et films fantastiques pour ados venus d'Outre-Atlantique grouillants de vampires bellâtres et autres loups-garous peluches vivantes pour minettes, il devient insensé d'avoir envie de voir autre chose que ces lieux communs de la catégorie navets dans notre parc de salles obscures en voie de rétrécissement drastique dans les centres villes !
A l'ère du numérique à outrance, qui n'a rien résolu au point de vue de la diffusion, bien au contraire, malgré la facilité de reproduction induite par la dématérialisation, voilà qui est fort étonnant ! Moi qui en espérais une facilitation de la diffusion des "petits" films ! Quel naïf je fus ! Adonc, patients lecteurs, récapitulons :
- un film dérangeant sur l'islamisme à la française, si encombrant pour la bien-pensance dominatrice qu'on l'a censuré à Paris intra muros et à Toulouse via des polémiques générées par son acteur principal, prétexte béni par les censeurs de tout poil pour invisibiliser l'oeuvre ; 
- un long métrage canadien conspirationniste, fort instructif, donc dangerereux, forcément, surtout victime de la conspiration générale du silence hexagonal ; 
-  enfin, un magnifique hommage esthétique en noir et blanc au catch des années 60 et à un certain cinéma populaire dont le chantre George Lautner vient de nous quitter, film d'auteur revendiqué dont le consortium qui tient les parcs de salles chez nous a fait en sorte qu'il ne trouvât jamais son public....
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Tels sont les longs métrages, disparates, inégaux ou éclectiques, qui peuvent tomber sous le couperet du sabotage culturel... et ce n'est pas fini !
Une foultitude de documentaires sociaux sur Outreau, les ouvriers de Peugeot, les Conti, après de bien discrètes sorties, n'ont pas droit au DVD !
Sarah Polley et son autobiographique Stories we tell  sont privés aussi de DVD et de blu-ray !
Le pendant de L'esprit de 45 de Ken Loach, Les Jours Heureux, de Gilles Perret, distribué en à peine 40 salles le 6 novembre, ce qui l'exclut d'office des petites villes, documentaire qui prouve ô combien on est en train de démanteler par couches, par tranches de salami hongrois inverti par l'ultralibéralisme, le programme social du Centre National de la Résistance, est en passe de passer inaperçu, puisqu'on s'est arrangé dans de hautes sphères pour qu'il en soit ainsi...
Trois films prévus en salles le 27 novembre 2013 n'ont toujours aucune copie de prévue au moment où j'écris ce billet billlieux...
INDIGNEZ-VOUS CULTURELLEMENT ! BOYCOTTEZ LES NAVETS EN 800 COPIES ! Ils seront de toute façon disponibles dans tous les autres supports de diffusion contemporains, téloche and co., alors que le film Mortem, sorti en salles le 3 octobre 2012 (vous avez bien lu), demeure à ce jour exclu de toute diffusion télé et en DVD-blu-ray ! Et, avec le satellite, nous avons jusqu'à 300 chaînes ! A quoi bon autant si ce n'est pour toujours diffuser les mêmes choses au lieu de la rareté ?
BOUGEZ ! N'ALLEZ PLUS VOIR LES FILMS TRUSTANT LA PRESQUE UNANIMITE DE NOS ECRANS AVEC OBSCENITE ET POUR LESQUELS LES A-MEDIA LECHE-BOTTES FONT TROP DE TAPAGE LOUCHE !

Prochain article : Snowpiercer, le Transperceneige. Encore un chef-d'oeuvre que je ne verrai pas sur grand écran !
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samedi 16 novembre 2013

Félicie de Fauveau, amazone de la sculpture : l'exposition la plus décriée et rejetée de l'année 2013.

(...)Et je constatai, ô aporie insigne, qu'il existait des homosexuels d'extrême-droite, qu'une sexualité avancée n'était pas l'apanage des partisans du progressisme. On pouvait être inverti et mal pensant. Non point qu'un émule ou amant du baron de Charlus, s'il eût vécu bien au-delà de la Grande Guerre pour connaître l'épreuve de celle qui suivit, se fût engagé nécessairement dans un combat idéologique douteux, mais il était indéniable que cette sorte d'homosexuel infréquentable avait existé, avait eu pignon sur rue, et avait plané dans les plus hautes sphères de la compromission avec l'Allemagne hitlérienne, par antisémitisme, par non-patriotisme. Ces homosexuels collaborateurs et traîtres s'appelaient Abel Bonnard et Abel Hermant, tous deux membres de l'Académie française. L'inversion du premier avait acquis une telle notoriété en ce fort particulier milieu d'une mondanité singulière, qu'en ces circonstances tragiques, surpassant le sobriquet dont autrefois Palamède de Guermantes, baron de Charlus avait été affublé sous le redoutable calembour de "Taquin le Superbe",  ses adversaires avaient fini par l'appeler "Gestapette". L'opprobre fut sur eux, tache indélébile, définitive !
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(Réflexions aiguës du Néo Marcel Proust)

On peut être ultraroyaliste et avoir du talent. Félicie de Fauveau (1801-1886) est une sculptrice condamnée chez nous à la non célébrité idoine et imposée. Elle cumule tous les handicaps, à la différence de Camille Claudel dont la notoriété a fini par supplanter celle de son frère désormais considéré comme le principal responsable de son internement, et qui fait  figure au grand dam de la poignée qui encore l'apprécie de nos jours de fondamentaliste chrétien repoussoir au verbe mystique ampoulé et illisible.
Félicie de Fauveau, cette quasi anandryne romantique et exaltée, eut grand tort de s'être rangée dans le camp de l'inacceptable, occultant ainsi son talent, rejeté dans l'ombre, pour ne pas écrire dans les égouts de l'histoire de l'art. Félicie de Fauveau fut une aventurière légitimiste qui osa accompagner, appuyer, l'équipée hasardeuse de la duchesse de Berry en 1832, celle qui, sous les ambigus oripeaux de Petit Pierre que n'eût point dédaignés l'excentrique Joan Fontaine, as du travestissement ambivalent (fillettes pré-pubères, garçonnets, jeunes pages etc.), essaya de renverser la Monarchie de Juillet afin que son fils, le duc de Bordeaux, régnât sous le nom d'Henri V en lieu et place du fameux roi bourgeois. Pour en savoir plus sur cette aventure romanesque et invraisemblable, je vous conseille de lire le roman de Gérard Hubert-Richou, La Duchesse Amazone, chez Pygmalion. On ne verrait là qu'un mélodrame épouvantable, avec une naine chassieuse et loucheuse, par ailleurs engrossée plus tard par un amant, ce qui la disqualifia pour la postérité. Cela fut tout autre, moins simpliste, moins trivial et prosaïque, plus passionnant que dis-je !
Ceci étant rappelé, rien ne justifie qu'au nom de considérations politiques contemporaines, nos médias médiocres aient jugé bon, sauf quelques exceptions notables (dont, paradoxe, la meilleure ne fut pas celle du Figaro, trop succincte), de passer entièrement sous silence l'occasion, l'opportunité de la redécouverte d'une artiste intéressante fournie par le musée d'Orsay, certes royaliste exaltée, au-delà des controverses suscitées par ses sympathies. Nous nous targuons de féminisme, oubliant qu'une femme pouvait défendre la cause de son sexe tout en proférant des insanités réactionnaires et en s'enferrant, se cadenassant, dans ses prises de position obtuses...
En dehors de La Tribune de l'Art, dont c'est le travail, louable et nécessaire en un temps où tout ce qui est artistiquement antérieur à l'impressionnisme est appelé à un oubli téléguidé politiquement, force est de reconnaître que Libération a pondu un article remarquable sur l'expo Félicie de Fauveau du musée d'Orsay,  expo tenue et achevée en toute discrétion voulue par nos bien-penseurs durant l'ensemble de l'été 2013. 
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Je ne suis pas historien de l'art, je n'en ai pas la prétention, bien que l'analyse de l'image eût appartenu à mon cursus de formation universitaire, mais je reconnais l'intérêt que cette expo eût dû susciter en exhumant de l'oubli une oeuvre dont il est nécessaire que l'on fasse abstraction des idées de celle qui la créa pour y goûter en esthète désintéressé par les sirènes du prêt-à-penser (on oublie souvent cette nécessité de l'abstraction du contexte politique, autant en musique qu'ailleurs, bannissant des mémoires nombre d'artistes qui balaient un fort large spectre idéologique allant des monarchistes les plus intégristes aux communistes voire aux trotskystes).
Félicie de Fauveau fut une romantique authentique, qu'on le veuille ou non, émancipée, libérée par son art, miraculeuse, autodidacte, à une époque où l'enseignement des beaux-arts excluait les femmes. Nous avons oublié les origines royalistes du romantisme avec Chateaubriand et le premier Hugo. Elle s'amouracha, si l'on peut dire, de la cause légitimiste, via une sorte de passion (que j'hésite à qualifier de proprement saphique même si le physique assez hommasse de matrone de l'artiste peut prêter à équivoque) pour l'épouse du frère du célèbre insurgé vendéen La Rochejaquelein, Félicie de Duras (1798-1883). La révolte vendéenne de 1832, échec cinglant, fut une guerre des femmes, des deux Félicie aventurières alliées à Marie-Caroline, duchesse de Berry. Après la déroute, Félicie se réfugia en exil à Florence, où elle mourut en 1886.
Félicie se voua toute à son art, étonnant, surprenant. L'article de la Tribune de l'Art vous fournit maints exemples de ses réalisations, dont un autoportrait à la levrette en marbre de 1846 et diverses réalisations exaltées, pathétiques, exacerbées, d'art sacré,  genre auquel elle se voua sans trêve durant son exil politique, et, parmi elles un Christ en croix de bois de 1857,  méritant toute l'attention des esthètes cultivés, Christ étiré, tourmenté et rongé par les affres du temps, dont les impitoyables trous des vers xylophages. On y retrouve toute l'emphase romantique, baroque, d'une expressivité trop souvent devenue hermétique à nos thuriféraires d'un art cistercien trop austère, conceptuel et strictement utilitariste ou "provocateur" conception désolante qui rejette le décorum au nom d'une vision réductrice de la modernité. N'oublions pas que Stendhal avait apprécié la production de Félicie de Fauveau, parce qu'elle changeait de l'académisme ambiant des années 1820-1830.
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L'article de Vincent Noce, dans Libération, atteint un tel niveau d'excellence dans l'évocation de la figure excentrique et géniale de Félicie de Fauveau qu'il mérite que j'en cite des extraits. L'intégralité du texte est disponible en ligne sur le site du quotidien. Pour l'analyse esthétique et artistique, reportez-vous à l'article de Didier Rykner de La Tribune de l'Art, daté du 2 mai 2013.

(...) Fauveau devint l’aide de camp de la comtesse - son «écuyer», disait-elle, rêvant aux exploits des chevaliers. Ces femmes parcouraient les routes à cheval déguisées en hommes. Ce fut leur liberté, elles qui avaient «rêvé la guerre civile comme complément du bonheur», selon les mots d’une chroniqueuse (...)
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(...) Plus de cinquante ans durant, ce caractère insolite fut une attraction en Toscane, d’où elle fustigeait les faiblesses de son époque et de ses propres alliés. Elle recevait le visiteur telle une abbesse dans un décor inspiré de la névrose gothique, cheveu court, gilet d’homme sur une robe taillée en amazone, coiffée d’une calotte et d’une toque rouge à la Robin des bois. Ne prenant commande que des aristocrates légitimistes, elle se consacrait au portrait et à l’art sacré dont elle exaltait les fondements chez les primitifs italiens. Ainsi que Michel-Ange, elle pouvait aussi officier comme architecte, de Florence à Dunecht, en Ecosse, en passant par Ussé, le château de la Loire des La Rochejaquelein. Elle préférait marquer ses sculptures de ses armes, assimilant avec emphase la signature d’artiste à un «mensonge», puisque «la création n’appartient qu’à Dieu».(...)


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(...) Sur son épitaphe, sous le mot «Vendée», Félicie de Fauveau voulut inscrire : «Labeur, honneur, douleur». Elle ne cessa de mettre en scène l’archange écrasant le dragon, peuplant ses songes d’anges qui ont l’air de démons. (...)

Je remercie monsieur Vincent Noce pour son talent qui nous a permis de redécouvrir une héroïne authentique qu'Alexandre Dumas aurait pu inventer, imaginer de sa plume géniale et ô combien féconde...

Mes prochains billets traiteront davantage des sabotages cinématographiques et littéraires survenus depuis la rentrée 2013.

Nota bene  : le portrait de Félicie de Fauveau est l'oeuvre d'Ary Scheffer. Daté de 1829, il est conservé au Louvre.