dimanche 8 avril 2018

Ces écrivains dont la France ne veut plus 23 : Jimmy Guieu.

Petit Poisson deviendra grand,
Pourvu que Dieu lui prête vie.
Mais le lâcher en attendant, je tiens pour moi que c'est folie; 
Car de le rattraper il n'est pas trop certain.                                                                
(Jean de La Fontaine : Le Petit Poisson et le Pêcheur)                                                                                                                                                             


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On a pu reprocher à Léon Blum de parfois manquer de discernement littéraire, notamment Jean Lacouture dans sa biographie magistrale parue en 1977. Léon Blum était un admirateur inconditionnel de Georges de Porto-Riche (1849-1930), un dramaturge et romancier tombé dans un profond oubli.
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Mon choix délibéré de Jimmy Guieu pour aborder la partie "littérature de genre SF" de ma rubrique consacrée depuis plus de trois ans aux écrivains dont la France ne veut plus (elle n'a pas fini de s'enrichir, s'élargissant aux femmes et sans doute prochainement à des auteurs de l'Antiquité tardive comme Ausone ou Sidoine Apollinaire, pourquoi pas ?) n'est pas une preuve d'aveuglement esthétique de ma part. Je sais l'oeuvre de Guieu abondante (parfois trop), son style un peu simpliste quoique efficace, puisque calibré pour les collections dans lesquelles il publiait (n'était-ce pas du professionnalisme ?). Mais c'est en toute connaissance de cause que je l'aborde en ce blog.
J'écris ces lignes en ces semaines où un Jean-Christian Petitfils s'essaie à prendre la place du juste milieu dans le débat historique entre "deutschistes" et "boucheroniens" (pour qui aime les barbarismes néologiques), jouant à sa manière le rôle d'un Tycho Brahe
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 de l'Histoire, essayant de synthétiser "histoire nationale" et apports de l'histoire savante universitaire non étrécie au seul événementiel national comme Tycho qui adopta une position médiane mais boiteuse entre les partisans de l'héliocentrisme copernicien et ceux du géocentrisme de Ptolémée.
De même, je compose ce texte (excusez le côté "journal") en apprenant que la nouvelle traduction de l'opus major posthume de Fernando Pessoa abandonne son ancien titre de "Livre de l'intranquillité" au profit de "Livre(s) de l'inquiétude", le néologisme français "intranquillité" étant considéré désormais comme inexact, inapproprié par rapport au terme originel portugais, lui-même un néologisme. Inquiétude apparaît plus adéquat, mais, tout en étant plus courant, serait utilisé dans un sens pascalien... Les Pensées de Pascal partagent en commun avec le Livre(s) de Pessoa cet aspect d'assemblage de pages, notes et mots épars accumulés sur des années et réunis posthumement...
Rien de tout cela chez Jimmy Guieu. Sa mort, le 2 janvier 2000, ne suscita aucune réaction dans un journal comme Le Monde tandis que la presse provençale (il était natif d'Aix-en-Provence le 19 mars 1926) sut la traiter correctement. Il était rongé par la maladie, et des partisans de la théorie du complot avancèrent sottement qu'on l'avait empoisonné. C'était du temps où le "complot" se restreignait aux partisans d'X-Files et des petits homme verts (ou gris).
Je confesse en ces lignes avoir appris le sigle E.B.E. non par la série culte américaine, qui l'employa en titre d'un épisode illustre, mais par Jimmy Guieu que je pourrais qualifier de "Mulder" français. Vers 1990, je fus intrigué d'apercevoir dans les étalages de la FNAC le volume 1 d'E.B.E. de Guieu aux éditions Vaugirard. La couverture me rendait mal à l'aise, avec ces deux têtes d'humanoïdes, l'un velu, l'autre ressemblant à un foetus chauve au crâne étiré en arrière, iconographie reprise abondamment, inspiratrice des physiques d'extraterrestres aussi bien chez Spielberg (Rencontres du 3e type) que dans X-Files ...
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Indépendamment des jugements de valeur que l'on peut émettre sur ses livres, l'oeuvre de Jimmy Guieu appartient désormais à la littérature orpheline du XXe siècle, cette littérature des auteurs non encore tombés dans le domaine public, mais qui ne bénéficient plus ni de rééditions, ni de réimpressions. Hors des bouquinistes, pas de salut !
Par une décision du 7 juin 2017, le Conseil d'Etat a porté un coup fatal au dispositif ReLire (registre des livres indisponibles en réédition électronique), considérant que les dispositions du décret d'application de la loi sur la numérisation des oeuvres indisponibles étaient dépourvues de bases légales. Il a annulé les articles R 134-5 à R 134-10 du code de la propriété intellectuelle, remettant en cause la gestion collective des oeuvres orphelines mais pas la base de données déjà constituée en amont. Le Conseil d'Etat a ainsi suivi l'avis de la Cour de Justice de l'Union européenne du 16 novembre 2016. Le défaut juridique consistait en la non-sollicitation a priori ou au préalable du consentement des auteurs encore vivants ou de leurs ayants droit...
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Ces jurisprudences ont donc gelé ReLire, qui bénéficiait entre autres à la littérature de SF française jamais réimprimée des années 1950 à 1980, donc aux propres romans de Jimmy Guieu dont une partie déjà était redevenue électroniquement disponible grâce à ReLire.
Soulevons la question : un auteur ou un ayant droit a-t-il intérêt à ce qu'un ouvrage demeure définitivement indisponible quel qu'en soit le support ? Ces personnes qui, jugeant un défaut d'information préalable comme rédhibitoire, qui ne consentent pas à la remise à disposition, gracieuse ou onéreuse, d'une oeuvre, le font soit pour une question de gros et petits sous (elles s'estiment lésées au point de vue des droits d'auteur pour une réédition non consentie par elles car elles estiment avoir, de jure ou de facto, un droit moral ou pécuniaire sur celle-ci), soit, chose plus grave et insidieuse, parce qu'elles ont tout intérêt que le public ne redécouvre jamais le produit écrit commis à telle époque par tel écrivain consacré ou pas, père, mère, ou aïeul(e) du fait soit de la médiocrité scripturale manifeste du bouquin pouvant remettre en cause le talent officiel consacré (on appelle cela un péché de jeunesse) soit bien pis, parce que ledit bouquin devenu indésirable exprimerait en vrac des idées nauséabondes (antisémites, racistes, homophobes etc.) insoupçonnées officiellement chez cette "icône" littéraire ou "vache sacrée" à succès de best-seller, soit révèlerait des déviances sexuelles cachées et intolérables chez l'impétrant(e). En bref, un mix d'Alain (antisémite révélé tout récemment) et Claude Jutra (cinéaste pédophile au vice découvert des années après sa mort)... A moins qu'il se fût agi d'un écrivain ayant eu des accointances passées et cachées et autres acoquinements avec le grand banditisme, les révolutionnaires dévoyés ou les pires terroristes... (cocktail de mafia, de Pol Pot et de GIA algériens, par exemple...). Ces personnages rangés, ces nouveaux Jean Richepin, très procéduriers, feront tout pour que capote le projet culturel le plus démocratique de retour en grâce de ce qui était devenu invisible... Bref, le recours juridique, en ces cas-là, cesse d'être innocent et favorable au droit, à la justice même si la jurisprudence en résultant peut en effet bénéficier aux vrais lésés de l'affaire ReLire...  qui continueront à se faire rouler parallèlement par les GAFA : de l'autre côté de l'Atlantique, le droit est inversé tel ce moine obèse du film Le Nom de la Rose et Google et Amazon peuvent numériser à tout crin, sans en référer ni aux auteurs, ni aux éditeurs...Tout ceci relève d'une hypocrisie de maison close du XIXe siècle où tout le monde finira par perdre.
J'admets qu'il existe un syndrome Edgard Varèse,
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 du nom de ce génial compositeur d'avant-garde, qui renia et détruisit les partitions de ses oeuvres antérieures à Amériques car jugées inabouties. Je confesse moi-même avoir détruit ou jeté maints de mes textes dont certains remontaient à mes premiers essais littéraires lorsque j'avais onze ans.
Cependant, à la différence du grand Varèse et de ma petite personne, le résultat des nouvelles jurisprudences peut entraîner un beau gâchis car il faudra désormais attendre que les auteurs du XXe siècle soient tous tombés dans le domaine public (soit 70 ans après leur mort, sauf si le droit se durcit encore...) pour qu'ils soient bien re-exposés, ce qui ne garantit rien : les éditeurs, peu enclins à faire plaisir aux happy few, iront  vers ce qu'il y a de plus rentable. Voyez Romain Rolland
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certes entré dans le domaine public le 1er janvier 2015 : ses livres ont depuis été fort peu réédités. Il continue de purger sa peine au purgatoire des plumes délaissées. Jimmy Guieu quant à lui, n'entrera dans ce sacré domaine public que le 1er janvier 2071 ! D'ici-là, nous serons tous morts, nous ci-présents terriens adultes (je ne crois pas au transhumanisme qui ne profitera qu'aux riches).
De plus, les livres orphelins appartiennent fréquemment à des éditeurs soit qui ont cessé d'exister, soit qui privilégient plus la nouveauté que la réimpression du fonds, surtout lorsque l'écrivain(e) de ce fonds est considéré(e) comme démodé(e) à tort ou à raison. Je pense à Gallimard et à Jacques de Lacretelle dont 99% de l'oeuvre n'est plus disponible et bénéficiait donc de ReLire. Je pense aussi au Journal métaphysique de Gabriel Marcel
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 exclu de toute réimpression commerciale récente. Les gagnants dans l'affaire apparaissent bien comme les bouquinistes en ligne hébergés par l'ogre Amazon libre de tout faire jusqu'à la lie.
Une phrase de la décision du Conseil d'Etat enterrant ReLire (sauf fonds déjà recensé et numérisé) me revient en mémoire : susceptible de nuire à son honneur ou à sa réputation. 
C'est bien là le vrai noeud de l'affaire, la véritable raison de l'arrêt de ReLire selon mon interprétation personnelle, même si la décision juridique est habile, juste et bien troussée. L'équivalent d'un Alain ou d'un Jutra pouvait en effet saisir le Conseil d'Etat et la CJUE y compris contre la numérisation d'un livre épuisé paru avant 2001 rédigé par un tiers jugé calomniateur ou révélateur de tares ou idées putrescentes cachées à ne point étaler au grand jour. Cela tourne à une forme de jésuitisme : intention bonne, conséquences désastreuses sauf chez les GAFA tumescents de pognon qui se gavent de notre bêtise. On m'objectera : mais, à l'époque de l'édition originelle du bouquin, n'y a-t-il pas déjà eu contentieux puis procès ? Et des livres condamnés pour plagiat numérisés par ReLire ?
Je polémique, et j'en omets de revenir à mon sujet principal : l'oeuvre science-fictionnelle de Jimmy Guieu à laquelle je n'ai justement accédé que via les bouquinistes (comme pour Maurice Lima d'ailleurs). Fleuve noir et ses couvertures criardes et kitch convenaient parfaitement à cette para-littérature en manque de reconnaissance (et parfois même d'inspiration, ne le nions pas !).
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Né en 1926, Jimmy Guieu avait vingt ans en 1946. C'est donc un homme de la guerre froide, mis aussi de l'irruption des soucoupes volantes dans le paranormal avec l'épisode Kenneth Arnold du 24 juin 1947. C'est l'époque de l'essor des films de science-fiction peuplés d'extraterrestres belliqueux, d'envahisseurs et autres créatures humanoïdes hostiles venues de Mars, la planète rouge... alias l'URSS. Résistant, Jimmy Guieu deviendra un pionnier de l'ufologie française. Il se lance dans l'écriture science-fictionnelle en 1951-1952 chez  Fleuve noir avec Le Pionnier de l'atome, numéro 5 de la célèbre collection "anticipation". Il devient bientôt un des piliers de Fleuve noir. 
Paru pour sa première édition en 1958, Réseau dinosaure est selon moi un des romans les plus intéressants de Guieu puisqu'il manie le paradoxe temporel et jongle avec la vogue des animaux préhistoriques, en fait présente bien avant Jurassic Parc (rappelez-vous le professeur Challenger d'Arthur Conan Doyle dans Le Monde perdu paru dès 1911). Imaginez la découverte d'un fossile dinosaurien tué par une balle il y a 75 millions d'années ! Fameux postulat de départ !


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Je suis personnellement fier de posséder ce livre dans ma bibliothèque avec la couverture d'époque qui plus est. On comprend pourquoi les lecteurs adolescents de l'époque aient pu être séduit par un tel livre, contemporain des fameux "Bob Morane" des éditions Marabout. Il a acquis tôt le statut de "classique" puisqu'un extrait y est reproduit dans l'ouvrage de Jean-Guy Michard paru en 1989 Le Monde perdu des Dinosaures (collection Découvertes Gallimard) aux côtés du tout aussi célèbre et désormais classique Bob Morane : Les chasseurs de dinosaures. Les autres ouvrages de science-fiction de Guieu sont à l'avenant, parfaitement formatés et efficaces. Ils atteignent leur cible, leur public, mais je ne peux m'étendre sur les détails. Sa prolixité rivalise avec celle d'Henri Vernes. L'oeuvre romanesque science-fictionnelle de Jimmy Guieu, parfois sujette à de courtes éclipses, se caractérise par deux époques créatrices privilégiées, très intense pour la première, un peu moins pour la seconde : les années 1950 et les millésimes s'étendant de 1967 à la fin des années 1970. La productivité de notre auteur a pu s'orienter vers d'autres genres, y compris l'érotisme. Les romans policiers et d'espionnage dominent d'ailleurs les années 1960-1967.
Que conclure ? Que Jimmy Guieu excella dans les genres qu'il pratiqua ? Qu'il gâcha son talent dans l'ufologie, le conspirationnisme, le rôle de lanceur d'alerte en précurseur de  X Files ? Qu'il fut excessif, démesuré ? Qu'il mérite au fond bien mieux que cet oubli éditorial qui a fait dépendre la redécouverte du meilleur de sa création d'un dispositif imparfait et enterré à cause de la jurisprudence européenne puis française ?
Jimmy Guieu fut tel Fox Mulder : peut-être crut-il trop à cette vérité venue d'ailleurs, oubliant qu'avant tout, la SF avec ses soucoupes volantes naïves et ses petits hommes verts est là pour titiller notre imaginaire et nous faire rêver ou nous terrifier. Lectrices et lecteurs, il ne vous reste plus qu'à écumer les fonds des abysses bouquinistes à la recherche du roman incunable de Guieu...
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Prochainement : Luca Masali, cet écrivain italien dont aucun roman n'a été traduit en français pendant 18 ans...
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samedi 24 mars 2018

Commémoration du centenaire de la mort de Claude Debussy 2018 : Entrée Libre, Actes Sud et France Musique seuls (pour l'instant ?).

Par Cyber Léon Bloy.

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Ragnachaire, roi de Cambrai, avait des moeurs si déréglées que ses parents et ses proches n'étaient point à l'abri de ses passions effrénées. (Grégoire de Tours : L'Histoire des rois francs chapitre premier traduit du latin par J.J.E.Roy)
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Commençons ce billet irascible par un constat impitoyable : la télévision (peut-être faut-il définitivement écrire l'a-télévision, lorsque l'on se remémore ce qu'elle fut autrefois, avant que la réclame ne la corrompît sans appel) est fâchée depuis au moins trente ans avec la musique du sieur Achille-Claude Debussy. Cela remonte sans doute à ces humiliants zéro pourcent d'audience enregistrés lorsque l'ancienne France Régions Trois commit en 1988 une diffusion de l'opéra du susdit Pelléas et Mélisande qui fut promptement submergée par le tintamarre, le bazarnaum autour de la libération "en direct" des otages français au Liban... 
En 1995 se produisit, ainsi que cela fut jà évoqué en ce blog, le refus de France Télévision de programmer Chouchou, cette improbable dramatique de la série fictionnelle La Musique de l'Amour, oeuvre au titre bien mal interprété !
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Pourquoi donc une telle incompatibilité, dont les conséquences se font encore sentir cette année, puisque Arte elle-même n'a absolument rien prévu pour ce centenaire de deuil debussyste ce 25 mars 2018, date désormais à marquer d'une pierre noire culturelle ? Arte, m'objecterez-vous, est coutumière des non-célébrations de centenaires uniques ou multiples des morts de grands compositeurs. Rappelons Rimsky-Korsakov, Corelli, Scriabine, Albeniz, Granados et j'en omets...
Dans un dossier remarquable de deux pages intitulé Claude Debussy, ce moderne méconnu, dossier publié en ligne puis dans son édition papier les 23-24 mars, Le Monde essaie d'expliquer les raisons du désamour culturel entre Debussy et son pays, et constate que les Britanniques en auront fait plus que nous pour le commémorer. L'absence la plus choquante d'hommages demeure celle de la télévision car jusqu'à présent, il faut se contenter des cinq minutes trente-deux secondes consacrées au sujet "Claude de France" par Madame Claire Chazal fin janvier dans son émission "Entrée libre". Le silence ahurissant d'Arte dans ce domaine devient donc chaque jour plus obscène puisqu'elle se contente de la mise au "net" du concert diplomatique donné en ce début d'année pour madame Merkel tandis que l'Ina vient de réduire Debussy à la mise en ligne d'un documentaire de... 1952. Tout (ou presque) repose donc sur la radio publique : France Musique et France Culture (désormais bien plus référentielles qu'Arte devenue trop généraliste et branchée ultra présentiste, surtout côté hexagonal...) ainsi que sur Saint-Germain-en-Laye, qui reprend le fort peu glorieux rôle de la restriction de la gloire internationale de Debussy à la seule dimension locale, tels Diderot à Langres et Saint-Just à Decize.
Dans cette déplorable affaire, notre a-télévision apparaît désormais comme la télévision de la honte, le seul média qui n'a pas su, ou pas voulu consacrer la moindre émission digne de ce nom à la mémoire de Claude Debussy,
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 pourtant aussi important pour la musique que le furent les impressionnistes pour la peinture, Rodin pour la sculpture et Marcel Proust pour la littérature... Si en 2017, nos médias audiovisuels n'avaient pas octroyé la moindre attoseconde d'antenne à Rodin, le tollé eût été général, de la marine bleue aux forces politiques les plus écarlates. Le travail de la presse fut honnête, à la curieuse exception de nos mensuels consacrés aux disques classiques, qui n'ont été parturients (pour le moment ?) d'aucun numéro spécial ou thématique sur "Monsieur Croche" et son esthétique. L'édition a fait dans le passable (moins cependant pour Debussy que pour Madame de Staël, qu'elle sauva d'un désastreux bicentenaire marqué par l'absence et le silence intégraux, hors la Suisse, et encore).
Sommes-nous atteints, en l'hexagone, de surdité ou de cécité lorsqu'il s'agit d'honorer les personnalités antérieures à un passé par trop contemporain ? Il est significatif de se rappeler que le dernier documentaire digne de ce nom tourné sur Debussy remonte à 1990, et qu'il était allemand. La chaîne Planète, bien meilleure qu'actuellement, le diffusa en octobre 2000 (source : archives personnelles car j'avais en ces temps révolus la vilaine habitude de noter et lister les documentaires que j'enregistrais). Les documents sur Debussy hébergés par Ina.fr tournent autour du demi-siècle ou à peu près.
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Si l'on se réfère à notre seul mois de mars, le mal paraît irréparable et le préjudice culturel commis irrémédiable. Or, voici qu'en ce jour (j'écris présentement ces lignes le 27 mars, soit deux jours après l'anniversaire du décès du susdit musicien) j'apprends qu'enfin Diapason a mis du coeur à l'ouvrage et annonce, pour le lendemain 28 mars, la sortie de son numéro d'avril axé sur Debussy ! C'est donc bien le scénario fâcheux de Diderot qui se répète pour Claude de France : commémorations limitées souventes fois au local, absence intégrale ou presque à l'a-télévision et parution avec un mois de décalage d'un numéro mensuel de magazine spécialisé à lui consacré. A la différence que, au contraire de Diderot pour lequel l'entrée au Panthéon fut un temps envisagée, nonobstant la perte des restes (pour Condorcet, en 1989, cela ne représenta pas un obstacle...) nul ne songea à proposer la panthéonisation du sieur Debussy ! Le Panthéon continue conséquemment d'être désespérément vide du moindre musicien.
Que reproche-t-on à la parfin à Achille-Claude ? Sa musique est-elle encore si inécoutable ? (il semblerait que les orchestres contemporains peinent à le déchiffrer, à le mettre en place si l'on en croit Le Monde) Casse-t-elle tant que cela nos oreilles accoutumées à des arts officiels auditifs omnipuissants et tonitruants tels le rap ou le rock ?  Fut-il trop nationaliste, trop patriote, trop anti-boche ? Souffre-t-il d'une absence fâcheuse d'engagement politique, lui qui demeura au-dessus de la mêlée durant l'Affaire Dreyfus ? C'eût été pire s'il eût, comme le trop encensé Jules Verne, cette vieille barbe iconique xénophobe, ou tel Florent Schmitt son presque contemporain, proféré des paroles antisémites, par la plume ou par la bouche, s'il se fût acoquiné avec les ordures fragrantes d'immondices qui avaient nom Drumont ou Maurras, s'il se fût accommodé voire compromis avec le lobby colonial d'Eugène Etienne
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 et consort, lui dont finalement le seul tort semble être d'avoir intitulé un de ses morceaux Le petit Nègre, terme considéré comme ni péjoratif, ni insultant en 1900 et quelques. On prétend Debussy secret, difficile à livrer : il cachait avec soin ses opinions, dévoilait peu sa pensée... Ecrivait-il sincèrement ce qu'il pensait, ce critique, ce Monsieur Croche, ou dissimulait-il ? Acerbe feutré presque pudibond ou personnage acide et blessant mine de rien, doté d'une insultante subtilité, maniant le sous-entendu diffamatoire avec maestria ?  Donnons un bref exemple : Debussy, dans son texte de Monsieur Croche consacré à Vincent d'Indy (monarchiste, nationaliste et antisémite), traita la musique Wagner d"héroïque cabotinisme". 
Il collectionna les aventures féminines et sa première épouse Lilly Texier tenta de se suicider après qu'il eut rompu. Fut-il trop mâle pour notre irénique  XXIe siècle aussi bien léché qu'un ours gluant en mauvaise gomme ou peluche ? Debussy n'est donc pas une personnalité "unanimiste" faisant à la fois sens et consensus, à son grand dam, contrairement à un Delacroix dont on annonce la diffusion du troisième documentaire consécutif en trois semaines à peine. Ah, si l'an passé, Baudelaire avait eu droit à la même couverture télé, à la même faveur "politique", censuré sous de Gaulle pour des raisons contraires à celles présidant au boycott actuel ! Hélas pour lui et pour Claude de France ! Si Delacroix
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 avait affiché un ultra-royalisme militant tout en ayant possédé exactement le même génie novateur dont ne l'eussent point privé les muses et les fées, nul ne parlerait plus de lui et il serait relégué dans des expositions confidentielles à la Félicie de Fauveau dont il eût partagé les idées. Car l'on sait que, depuis l'affaire d'école quasi jurisprudentielle du billet des frères Lumière en 1995, nos pouvoirs publics ne possèdent plus la capacité de dissocier l'oeuvre de son auteur, lorsque ses idées s'avérèrent déplaisantes nonobstant son génie artistique...La phraséologie a d'ailleurs opté pour le terme "nauséabondes". Cherchez la fosse à purin et le charnier à carcasses putrescentes !
Il existe cependant un paradoxe dans l'affaire de la négligence obtuse de Claude Debussy : un autre compositeur vécut peu ou prou les mêmes années que lui et présente des qualités éminentes propres à séduire tout le spectre politique, du bobo calcifié et ankylosé dans mai-68 au marinien bleu nostalgique du bouclier Pétain et de l'épée de Gaulle. Lui était glabre. Lui se sacrifia contre l'ennemi en 1914. Lui fut dreyfusard et écrivit l'Hymne à la justice. Lui fut féministe. Il se nommait Albéric Magnard et presque jamais, au grand jamais, une seule note de ses oeuvres n'a été ouïe à la télévision depuis quarante ans ou à peu près...
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Si Claude Debussy n'est pas célébré comme il se doit en 2018, nul ne le sera après lui, ni les Fauré, ni les Saint-Saens, ni les Roussel qu'il côtoya mis à part peut-être Ravel... Le Monde craint à juste raison que le coche ne soit raté, comme pour Henri Dutilleux en 2016, réduit à la pantalonnade de l'affaire d'une plaque, événement clownesque, pourri de mauvais flegme, conté jà en ce blog. Quant aux autres commémorés possibles de l'an 2018, nés ou morts en 1768, 1818, 1868 ou 1918, ils ont du souci à se faire, décidément, compte tenu du stade avancé de putridité culturelle dans lequel nous nous complaisons et nageons comme un poisson rouge en un aquarium souillé par ses propres fèces ichtyologiques. Que transmettre en 2018 ? Delacroix, Apollinaire et mai-68 seuls ?

Prochainement : reprise de la série consacrée aux écrivains dont la France ne veut plus (23e volet). J'y aborderai le genre science-fiction en la personne de Jimmy Guieu.

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samedi 10 mars 2018

Saint-Just 2017 : cette simple figure locale de la France périphérique.

Je méprise la poussière qui me compose et qui vous parle. On pourra persécuter et faire mourir cette poussière ! Mais je défie qu'on m'arrache cette vie indépendante que je me suis donnée dans les siècles et dans les cieux. (Louis-Antoine de Saint-Just : préambule aux Fragments d'institutions républicaines)

La révolution est glacée, tous les principes sont affaiblis, il ne reste que des bonnets rouges portés par l'intrigue.
L'exercice de la terreur a blasé le crime comme les liqueurs fortes blasent le palais.
(Louis-Antoine de Saint-Just : Oeuvres complètes)

On ne peut point régner innocemment. (Louis-Antoine de Saint-Just : Discours sur le jugement de Louis XVI prononcé à la Convention nationale le 13 novembre 1792)

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L'on pense communément - eu égard à la caisse de résonance des médias, de la télévision à la Toile - que seules les personnalités d'extrême droite, comme Louis-Ferdinand Céline et Charles Maurras peuvent susciter l'exclusion explicite des commémorations nationales. Or, il existe une tendance à l'exclusion implicite de personnalités de l'autre camp, jugées trop anarchistes (Léo Ferré) ou irrévérencieuses (Octave Mirbeau). Certes, ces personnalités-là figurent bien dans l'ouvrage annuel officiel des commémorations, mais celui-ci n'a plus qu'une valeur indicative dans laquelle l'Etat ne puise qu'une infime fraction, et ne signifie plus grand-chose lorsque les événements et personnes y étant inscrits se trouvent restreints à des manifestations aux échos ténus, strictement locaux ou spécialisés, hors de toute couverture médiatique de vulgarisation intelligente. Louis-Antoine de Saint-Just appartient à cette catégorie d'exclus réduits au régional et au local, ou au colloque pointu, comme par exemple Diderot, Corneille D'Alembert ou Frédéric Mistral (au nord de la Provence, rien sur lui en 2014 ! ).
Saint-Just fait peur. Il dérange. Il est l'archange de la Terreur honnie. Saint-Just en 2017 n'intéressa donc que la Nièvre et l'Aisne, Decize où il naquit, Blérancourt où il vécut. Saint-Just, universel, se retrouve enkysté en un horizon étréci, un cadre géographique minuscule, situé en cette France périphérique étudiée par Christophe Guilluy. Excusez du peu, mais c'est une honte ! Même les Insoumis, si prompts à susciter le tintamarre, n'ont pas bronché ! 
Adonc, la mission des commémorations nationales propose ce qu'on pourrait commémorer en un recueil riche et touffu, et l'Elysée dispose, décide de ce qu'on doit commémorer vraiment, ainsi d'ailleurs que, parmi les autres pouvoirs décisionnels,  France Télévisions, Arte, la presse, les musées etc. A l'arrivée, gare à celles et ceux qui ne font pas consensus, qui sont soupçonnés appartenir (ou appartiennent) à des sphères politiques devenues infréquentables, d'extrême droite ou d'extrême gauche, à figurer telles des icônes rouges ou brunes, ou à venir d'être annexées à l'une de ces mêmes sphères après l'avancée des recherches historiques : ainsi en fut-il sans doute de Baudelaire, refusé en 2017, puisque classé désormais parmi la réaction à la Joseph de Maistre... 
A l'arrivée ne demeurent que les personnalités, au nombre fort réduit, faisant absolument consensus (j'allais ajouter parmi les bobos) : des commémorations lisses, conventionnelles, dépassionnées dirais-je, des commémorations Bisounours dignes des petits lapins à faveurs roses d'oncle Walt Disney (qui était proche du fascisme). 
Hors de la micro poignée des accepté(e)s (dont Barbara, qui, morte depuis moins d'un demi-siècle, n'aurait pas dû être officiellement et médiatiquement honorée, mais le mainstream dominant nous l'a imposée d'office après avoir voué Léo Ferré aux gémonies et à l'oubli intégral) les autres, tous les autres, se trouvent confinés au localisme le plus étroit, quel qu'eût été leur rayonnement international passé. 
D'ores et déjà, Claude Debussy,
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 par exemple, (j'y reviendrai prochainement) se trouve restreint à des manifestations diffuses, éparpillées entre France Musique (la seule institution culturelle ou presque à respecter la date anniversaire de décès du 25 mars), Saint-Germain-en-Laye (où il naquit en 1862), Tourcoing et Bordeaux (peut-être Claude de France, alias Monsieur Croche, est-il soupçonné d'ultra nationalisme et de racisme, parce qu'il commit d'une part Le Martyre de Saint-Sébastien en association avec Gabrielle d'Annunzio, parangon pour certains du pré-fascisme intellectuel, et qu'il composa d'autre part un morceau mineur que le CRAN pourrait considérer comme offensant et faire interdire définitivement de toute exécution, de toute diffusion sur les ondes et de tout enregistrement discographique sur notre territoire : Le petit nègre ?). Jules Verne, quant à lui, représentera toujours le paradoxe et l'exception de l'homme aux idées odieuses qu'en 2005 on sur-célébra tout de même... Nul en 2005 ne semblait avoir lu le superbe roman de René Reouven Voyage au centre du mystère (éditions Denoël 1995) qui dévoilait les quatre vérités sur le vénérable écrivain barbu déifié à l'excès... Jules Verne pue le racisme, l'antisémitisme et le nationalisme... Jules Verne, seul écrivain ancien qu'il eût fallu exclure de toute commémoration, alors qu'on oublia Diderot sauf à Langres ou en d'autres bourgades à Tuches ou à Ch'tis.

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Quid de Saint-Just, ce citoyen d'à peine Decize et Blérancourt, (assurément des trous perdus pour le bobo germanopratin gavé de musique commerciale post-moderne) dont l'oeuvre politique, réputée non-durable, est sciemment gommée ? 

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On ne peut réduire Saint-Just à ce conventionnel montagnard, ce bras droit de Robespierre, ce régicide, ce représentant en mission, ce membre du Comité de Salut public foncièrement haï du Paris et du pouvoir central contemporains qui gomment la quasi intégralité des figures historiques troublant l'ordre consensuel mou libéral-libertaire. Si cet homme politique précoce avait servi de porte-étendard à mai-68, on ne l'aurait pas escamoté en 2017... Saint-Just, précurseur glacial des totalitarismes rouges les plus sanglants ?  Pour moi, c'est le Saint-Just rapporteur de la loi du 8 ventôse an II qui importe le plus. C'est ce Saint-Just là, le Saint-Just social, qui aurait dû survivre. 
Il y eut deux décrets de ventôse : celui du 8 ventôse an II (26 février 1794) suivi de celui du 13 ventôse an II (3 mars 1794). Tous deux obéissaient à un principe de redistribution de type révolutionnaire. Il s'agissait d'une part de mettre en liberté les patriotes incarcérés et sous séquestre les biens des suspects, et d'autre part de procéder au double recensement des patriotes indigents et des détenus pour cause politique. En faisant procéder à la confiscation des biens des ennemis de la République, Saint-Just espérait la redistribution massive des fortunes. La politique sociale des Montagnards ne put aboutir du fait de l'accélération des événements ayant conduit au 9-Thermidor. Toujours est-il que Saint-Just avait espéré couper l'herbe sous les pieds des Enragés hébertistes, éliminés peu après. Dans son discours, il avait déclaré : 
" Les biens des conspirateurs sont là pour les malheureux. Les malheureux sont les puissants de la terre." 
Bien que pouvant annoncer par certains aspects le marxisme, cette politique rappelle surtout les tentatives de réforme des Gracques au IIe siècle avant notre ère. Tribun de la plèbe en 133 avant J.-C., Tiberius Gracchus  souhaitait la limitation du droit de possessio individuelle et la redistribution des terres aux pauvres. Gaius Gracchus son frère, à son tour tribun de la plèbe en - 124, reprit l'idée de cette réforme agraire en plus de la création d'une colonie de peuplement de 6000 hommes sur le site de Carthage. Les Gracques périrent dans la violence, trop hardis pour leur temps. Mais les acteurs de la Révolution française étaient imprégnés d'histoire romaine, et les références à la République de Rome n'ont jamais manqué chez eux. 

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Réduire la Terreur au duo Robespierre-Saint-Just ou aux guerres de Vendée est commode. Parmi les thermidoriens, peu étaient des innocents aux mains blanches. Fouché, si célèbre, est autant coupable que d'autres Montagnards. Ne fut-il pas surnommé le mitrailleur de Lyon, lorsqu'il réprima les fédéralistes ? Quant à Saint-Just, dans la Comtesse de Charny, notre grand Alexandre Dumas rapporte une phrase de Danton à l'adresse de notre personnage, citation rapportée par Camille Desmoulins : "Tu portes ta tête comme un saint-sacrement."
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Ainsi, la ténacité des légendes noires explique pourquoi Saint-Just demeure nationalement persona non grata, d'où ces ridicules manifestations de confinements locaux, à Decize, aux Forges royales de Guérigny, à Blérancourt ou à Soissons, ces manifestations s'étant échelonnées de juin à décembre 2017 dans le silence national optimal que l'on sait, comme s'il s'agissait de micro-rassemblements groupusculaires nostalgiques d'on ne sait trop quoi de rouge ou brun...
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 A noter qu'à Paris, se produisit tout de même un petit quelque chose, mini événement ignoré bien sûr, organisé par les Amis de Robespierre (oui, il y en a !) en l'anniversaire du 10 thermidor an II avec une visite de la Conciergerie et même une cérémonie au Panthéon (non, il n'est pas question de panthéoniser Saint-Just, puisque l'Etat n'a pas été fichu de le faire pour des personnalités bien moins "sanglantes" comme Berlioz, Diderot, Marc Bloch, Mendès France ou Maurice Genevoix). Si encore les célébrations localisées lilliputiennes s'étaient cantonnées au seul Saint-Just ! Non, elles deviennent monnaie courante pour ce qui ne plaît plus à Paris. Ainsi viens-je d'apprendre que Marcel Aymé, prévu lui aussi originellement dans les commémorations officielles 2017 pour le cinquantenaire de sa mort, fut aussi totalement oublié de nos élus nationaux et a-médias ! Il est vrai qu'être un anar de droite ambivalent, ce n'est pas commode... 
La multiplication des non-hommages nationaux permet de prendre la température de la putréfaction culturelle contemporaine. De fait, le thermomètre n'a pas la fièvre... il est proprement congelé à moins dix- moins quinze ! En cette glaciation généralisée, d'autres "prévus" pour cette fois-ci 2018 ont du souci à se faire : Edmond Rostand,
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 Gounod, Claudel ou Chateaubriand, tous évacués depuis longtemps de l'actualité et de la pensée dite contemporaine... 

Prochainement : commémoration du centenaire de la mort de Claude Debussy 2018 : Entrée Libre, Actes Sud et France Musique seuls (pour l'instant ?).

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dimanche 18 février 2018

Le Musée d'Ecouen : une institution majeure délaissée.

Qui donc, en 2017, a entendu parler, ne serait-ce qu'une attoseconde télévisuelle, des quarante ans de la création du musée national de la Renaissance au château d'Ecouen ? D'évidence, personne, ce qui ne me surprend aucunement..
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Le Musée d'Ecouen : institution majeure pourtant typique d'une culture devenue marginale, minoritaire, dominée après avoir été dominante, inexistante pour nos a-médias mainstream (Arte peut être aisément incluse dans cette galaxie officielle...). Ecouen cumule tous les handicaps : géographique (car hors de Paris, dans le Val-d'Oise, bien qu'une présence parisienne n'assure pas automatiquement une couverture télé : voyez Cluny, le musée des arts et métiers, même Guimet et le musée du Quai Branly-Jacques Chirac, qu'Arte a lâché depuis belle lurette), logistique (pas de ligne RER y menant, même si vous m'objecterez que la liaison RER vers Saint-Germain-en-Laye
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 ne constitue pas une garantie de succès pour notre musée d'archéologie nationale, guère mieux loti en termes de fréquentation et de médiatisation) et médiatique (nada à la télé et couverture seulement assurée par la presse conservatrice ou spécialisée comme les revues des éditions Faton). Après un pic enregistré en 2008-2009, lorsque fut expérimentée la gratuité du site (+ 53% pour le Musée national de la Renaissance, demeuré toutefois sous les cent mille entrées, au contraire du parc l'entourant ayant quant à lui progressé de 36 % avec près de 150 000 visiteurs), il retomba à un étiage de 55 133 visiteurs en 2015. On arrondit sa fréquentation annuelle moyenne à 60 000, ce qui est proprement ridicule par rapport à Versailles. Ne me faites pas écrire que le taux de fréquentation d'un lieu culturel est inversement proportionnel à sa promotion, à sa publicité dans les médias, en particulier la télé, souvent montrée du doigt. Il est vrai qu'une chaîne comme Arte, si elle se décidait enfin à rééquilibrer sa ligne éditoriale  à 50-50 entre la culture contemporaine et celle disons, patrimoniale, ou d'hier pourrait booster chez ces sacrés bobos baignant dans l'éternel présent chébran à la manière Inrocks les envies touristiques de sortir de leurs rails...  Il serait temps de cesser de se reposer sur le seul Figaro pour lire la plupart des articles de qualité sur la culture antérieure (même si Télérama et Le Monde continuent de l'aborder...), par exemple, ces derniers jours, sur les compositrices qui mériteraient enfin une folle journée de Nantes tardant désespérément à venir... Il y a danger de réduire la couverture médiatique des événements patrimoniaux à la seule réacosphère ou aux spécialistes universitaires non experts en vulgarisation. 
L'on sait depuis longtemps que les expos temporaires d'Ecouen bénéficient d'une couverture inexistante, comme le sont celles de Cluny et du Louvre-Lens et le furent celles du défunt musée des ATP et de l'ancienne formule du Musée de l'Homme. Cela obéit à des idées reçues tenaces... Cela accrédite l'idée que les personnes aux opinions progressistes (dans le sens sociétal actuel) ne s'intéressent qu'à ce qui sent, embaume l'actualité, et délaissent l'Histoire poussiéreuse et puante selon elles. Pour simplifier, si tu aimes Ecouen, c'est que tu lis les journaux réacs, que tu es maurrassien et adepte de Sens commun voire du FN... L'affaire de la carrière antique de La Corderie à Marseille,
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survenue l'été dernier, a prouvé le contraire. Nombre de personnes engagées dans la lutte pour la préservation de ce témoignage de l'antiquité romaine étaient proches de La France Insoumise et du quotidien communiste La Marseillaise (un peu résiduel dans le paysage de la presse actuelle, je l'admets). Une idée reçue dont nous payons quotidiennement les conséquences est donc balayée d'un revers de main comme fétu. Concernant les conséquences, vous n'avez, par exemple, qu'à regarder la nationalité des documentaires culturels coproduits et diffusés par Arte n'abordant pas des thèmes strictement contemporains : les neuf dixièmes ne sont pas français, ils sont allemands, autrichiens ou anglo-saxons... La part française dans la production et la programmation de ce genre de documentaire ou de docu-fiction est certains mois, symbolique voire résiduelle. La remarquable émission sur le Mont Saint-Michel,
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 passée au début des vacances de Noël, ferait presque figure d'exception. Dois-je conclure à l'existence d'un mal français ? Pourquoi les Allemands ou les Britanniques semblent davantage s'intéresser à la production d'émissions traitant de la culture antérieure, ainsi qu'il en était il y a environ un demi-siècle chez nous, à l'ORTF ? Par exemple, il suffit de consulter le site de l'Ina pour se rendre compte que la presque unanimité des émissions consacrées à Claude Debussy datent d'environ 50 ans !
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Mais revenons à Ecouen lui-même. Victime d'un manque de notoriété sciemment entretenu, ce musée possède des collections incontournables pour qui veut constituer un parcours historique, panoramique et prospectiviste complet qui partirait des Eyzies, pour enchaîner avec Saint-Germain-en-Laye, Cluny etc... jusqu'à Beaubourg et au Palais de Tokyo (pour sa partie réservée à la création contemporaine) jusqu'à même la Cité des Sciences pour la partie future. Car Ecouen magnifie une étape chronologique de l'évolution des arts, placé ici dans une perspective hexagonale, magnifiée par les indispensables influences extérieures (qui ne sont pas qu'italiennes).
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A l’origine du château d’Ecouen, on trouve le célèbre connétable de France Anne de Montmorency, 
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qui le fit édifier à compter de 1538, rasant une forteresse médiévale. La fortune des Montmorency lui permit de rivaliser avec les demeures royales, notamment les châteaux de la Loire. Ce guerrier, fasciné par l’Italie et par les arts de la Renaissance, fit à compter de 1547 appel à Jean Bullant, un des plus fameux architectes de l’époque. De même, pour la sculpture et les arts décoratifs, il eut le goût des contributions prestigieuses : Jean Goujon, Bernard Palissy et Masseot Abaquesne (pour les arts du feu). Il faut ajouter les émaux, les vitraux, les boiseries, les tapisseries… l’ensemble des arts décoratifs. Le château fut achevé en 1555, représentatif d’une fusion entre la première Renaissance (de Charles VIII à François 1er : les châteaux de la Loire) et la seconde (qui débute avec la période de maturité du règne de François 1er et se prolonge sous Henri II et les derniers Valois : Fontainebleau, les Tuileries et le Louvre), avant l’ajout d’éléments classiques au XVIIe siècle. 
A partir de 1567 et de la mort au combat du connétable, Ecouen connut bien des vicissitudes, notamment lorsque le lignage des Montmorency se trouva éteint par la justice de Richelieu. Encore s’agissait-il de la branche aînée de la famille… Le cardinal confisqua le château, qui fut donné à Charlotte d’Angoulême avant de passer aux Condé. On leur doit l’aménagement du parc par Mansart mais aussi la destruction en 1787 de l’aile orientale. Avec l’émigration des Condé et une nouvelle confiscation s’ensuivit une époque confuse jusqu’au premier Empire, où le château servit tour à tour d’hôpital, de prison et de lieu de réunion d’un club patriotique. Napoléon y établit une maison d’éducation des jeunes filles de la Légion d’Honneur.
Ayant recouvré leurs biens sous Louis XVIII, les Condé s’en occupèrent fort peu, d’autant plus que la famille s’éteignit en 1830 (souvenez-vous de cette mystérieuse mort du dernier Condé pendu à une espagnolette : les théories complotistes ne sont pas nouvelles, et l’on prétendit à un crime politique orchestré en sous-main par le nouveau pouvoir de la Monarchie de Juillet). Le prince-président sauva la prestigieuse demeure en 1850 : la Maison d’Education de la Légion d’Honneur y fit son grand retour, jusqu’en 1962. Le ministère des Affaires culturelles en reçut alors le legs. André Malraux décida de convertir le lieu en musée national de la Renaissance, afin qu’il puisse accueillir la part des collections du XVIe siècle du Musée de Cluny qui s’y entassaient sans qu’on parvînt à les exposer. Le manque flagrant de place de l’hôtel de Cluny concernait notamment le cycle des tapisseries de David et Bethsabée,
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 et Ecouen représenta le seul édifice d’envergure apte à accueillir des œuvres de grande dimension (dix suites pour soixante-quinze mètres de long – il s’agit d’un travail bruxellois des années 1515-1520). Mentionné dans les monuments historiques dès 1862, Ecouen fut inauguré en tant que musée national de la Renaissance en 1977, seule institution française explicitement consacrée à la période.
Quid des collections elles-mêmes ? En trente-deux salles, Ecouen offre un panorama complet des arts décoratifs renaissants, même s’il ne s’agit pas d’une restitution in situ de ce que connut Anne de Montmorency.
Le lieu ne se contente pas d’illustrer, comme par exemple les salles Renaissance du Musée des arts décoratifs ou du département des objets d’art du Louvre (sans omettre les musées de province hors région parisienne), une étape de l’histoire des arts occidentaux que les visiteurs peu intéressés peuvent sauter, afin de passer aux époques ultérieure : il se veut avant tout, comme en 1549 la défense et illustration de la langue française de Joachim du Bellay,
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 contemporain d’Anne de Montmorency, un plaidoyer pro domo en faveur de la diversité des arts renaissants du XVIe siècle, notamment des arts que l’on ne peut plus qualifier de mineurs. Cette classification hiérarchique avantageant peintres, sculpteurs et architectes n’a plus lieu d’être. Ecouen, en ses collections transversales d’une richesse inouïe, s’est ouvert à de nombreux horizons restituant un monde révolu aristocratique dans sa totalité esthétique. Nous ne visitons point le sanctuaire d’un Des Esseintes du XVIe siècle à la barbe et aux cheveux courts, vêtu de hauts-de-chausses bouffants, d’un pourpoint boutonné, d’une chemise au col tuyauté, d’une cape à l’espagnole, coiffé d’un bonnet typique des portraits de Clouet et portant au côté l’épée de gentilhomme. Ecouen est le musée d’un instant non figé, l’instant renaissant, en une chronologie pas si courte que cela puisque la Renaissance fut plurielle et mouvante, s’étendant jusqu’au maniérisme et aux prémices du premier baroque via des stades transitoires subtils. Je ne m'appesantirai pas sur une description détaillée desdites collections. Je laisse cela aux spécialistes et je ne possède même pas le bagage de guide conférencier. Adonc, tenons-nous en aux grandes lignes en guise de conclusion.
L'orfèvrerie constitue un des fleurons d'Ecouen. Parmi ces arts du métal, certains touchent à la mécanique avec l'horlogerie : l'on sait que l'Empereur Charles Quint fut un passionné de mécanique horlogère, d'automates, ainsi que nous le conte Amélie de Bourbon-Parme dans son roman historique paru en 2015 chez Gallimard, Le Secret de l'Empereur.
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La photographie ci-dessus représente la statuette de Daphné, chef-d’œuvre de Wenzel Jamnitzer, provenant de Nuremberg et datée d’environ 1550, pièce incontournable en argent blanc, partiellement doré, qui se trouve surmontée par une grande branche de corail rouge. Elle illustre un chapitre des Métamorphoses d’Ovide lorsque la nymphe Daphné est transformée en arbre. Comme de nombreuses pièces majeures d’orfèvrerie, cette statuette faisait partie du legs de la baronne Salomon de Rothschild remontant à 1922.

Spectaculaire montre-bateau, l’horlogerie automate dite traditionnellement "de Charles Quint", évoquée par Amélie de Bourbon-Parme, se retrouve en tant que pièce maîtresse du musée et baptisée la Nef de Charles Quint.
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 Cette pièce exceptionnelle et sophistiquée (un des sommets de la technologie du XVIe siècle, de l’automation antérieure à Salomon de Caus)
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 est attribuée à Hans Schlottheim (1545-1625), horloger d'Augsbourg parmi les plus notables de son temps. Il est amusant d’apprendre la datation de l’œuvre puisqu’elle s’avère postérieure au règne de Charles Quint car créée entre 1580 et 1585. Après tout, Schlottheim n’avait que 13 ans en 1558, année de la mort de l’Empereur…Nous nous trouvons dans un cas de figure classique en histoire de l’art, qui aime à construire des légendes, des attributions, autour de personnages illustres : ainsi en est-il du « trône de Dagobert » ou de la statuette équestre de Charlemagne
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 ou enfin de l’ancienne attribution, aujourd’hui remise en cause, de la Louve romaine au sculpteur étrusque semi-légendaire Vulca de Véies. Combien de faux Rembrandt aussi.
Le musée d’Ecouen s’illustre donc par la variété de ses collections, fort riches, de faïences de Nicola de Urbino et Masseot Abaquesne, de céramiques de Bernard Palissy, sans omettre les fameuses faïences ottomanes d’Iznik, l’Empire ottoman ayant été, avec la Chine, l’un des pôles incontournables des arts mondiaux du feu au XVIe siècle. Les faïences du XVIe siècle se trouvent aussi sous forme de panneaux (triptyque du Déluge de Masseot Abaquesne).
 https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/c/cf/Deluge_masseot_abaquesne_faience_ecouen.jpg
 Citons le mobilier (qui n’est plus celui d’origine que connurent les Montmorency), les vitraux, les émaux venant souvent de Limoges, l’autre tapisserie importante (tenture des Fructus belli d’après des cartons de Giulio Romano), mais aussi les armes, les peintures (y compris les exceptionnelles cheminées peintes et les tentures de cuir peintes)…
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Ce musée comprend enfin les moulages des esclaves de Michel-Ange, dans la cour intérieure, les originaux étant au Louvre.
Ecouen est un musée hautement recommandable. Les éditions Faton ne s’y sont pas trompées, puisqu’elles viennent de lui consacrer un numéro spécial à l’occasion de ses quarante ans : Les quarante ans du Musée de la Renaissance (L’Objet d’Art n° 541 janvier 2018). Citons pour terminer l’existence de la Société des Amis du musée national de la Renaissance au château d'Écouen fondée en 1970.

Prochainement : Saint-Just 2017, cette simple figure locale de la France périphérique.

 https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/7/75/Saint-Just-French_anon-MBA_Lyon_1955-2-IMG_0450.jpg/220px-Saint-Just-French_anon-MBA_Lyon_1955-2-IMG_0450.jpg